Lundi 20 mars 2009 à 19 H 11
Les débris du tremblement de terre dévastateur des Abruzzes ne sont pas encore déblayés qu'une nouvelle crainte assaille les Italiens: que la mafia ne soit la première à bénéficier des contrats de plusieurs milliards d'euros de la reconstruction des écoles, des hôpitaux ou des tribunaux, comme ce fut le cas à Naples après le séisme de 1980.
Le crime organisé possède des liens avec les sociétés cimentières, les entreprises qui évacuent les débris, et d'autres entreprises qui pourraient s'infiltrer dans le processus si les autorités ne sont pas vigilantes, avertit Franco Roberti, chef de l'équipe de magistrats chargée d'enquêter sur les activités de la Camorra à Naples. "Nous avons découvert à quel point la Camorra est impliquée dans le bâtiment en enquêtant sur les suites du tremblement de terre de 1980" près du grand port du Sud, explique le magistrat.
La cité médiévale de L'Aquila, capitale des Abruzzes ravagée par un séisme de magnitude 6,3 le 6 avril, se trouve à 240km au nord de Naples, près du territoire des plus importantes familles du crime du pays. Or les enquêteurs constatent que les gangs ont de plus en plus tendance à déborder de leurs frontières traditionnelles, cherchant de nouveaux débouchés dans le centre et le nord de l'Italie pour recycler les millions du trafic de drogue, de l'extorsion de fonds et d'autres rackets.
"Restons très vigilants contre les mafias sur les chantiers", écrivait le quotidien catholique "L'Avvenire" dimanche, soupçonnant les mafieux de vouloir s'enrichir grâce à l'argent de la reconstruction. L'enveloppe total pourrait représenter 12 milliards d'euros, selon certaines estimations gouvernementales.
"Cosa Nostra, 'ndrangheta (Calabre) et la Camorra sont déjà arrivées dans les Abruzzes et auront certainement les yeux rivés sur la reconstruction", souligne Giuseppe Pisanu, ancien ministre de l'Intérieur, aujourd'hui à la tête de la commission parlementaire contre les mafias. Ces clans, en particulier la Cosa Nostra sicilienne et la Camorra napolitaine, ont largement profité des milliards d'euros de fonds publics investis pour développer le Sud durant les dernières décennies.
Le clan Casalesi, une branche de la Camorra basée près de Caserte, est considéré comme le mieux placé pour bénéficier de la manne publique de la reconstruction. La Camorra possède "le matériel, les machines et les hommes", prévient encore Raffaele Cantone, un ancien procureur anti-mafia de Naples, aujourd'hui en poste à Rome.
Depuis les dérives de la reconstruction de Naples, la loi oblige les entreprises candidates à un marché public à se soumettre à des contrôles de la police pour vérifier qu'elles ne sont pas liées au crime organisé. Cela ne garantit toutefois pas que la mafia n'obtiendra pas sa part du gâteau. "Le problème réside dans la sous-traitance", explique le magistrat Franco Roberti.
Malheureusement, souligne-t-il, il faut aller vite car des dizaines de milliers de réfugiés vivent sous des tentes, chez des proches ou dans des hôtels de la côte Adriatique qui doivent bientôt accueillir leurs premiers vacanciers. "L'urgence joue en faveur de la mafia", déplore le magistrat.
Le procureur national chargé de la lutte contre la mafia en Italie, Piero Grasso, a annoncé qu'il formerait un groupe de travail de procureurs ayant l'expérience du crime organisé pour aider les autorités de L'Aquila à mener les vérifications pour les appels d'offres. Les spécialistes craignent notamment que les entreprises liées à la mafia n'utilisent des matériaux de mauvaise qualité, moins chers que ceux facturés.
Pour l'instant, rien ne suggère que le crime organisé soit pour quoi que soit dans l'effondrement et les dégâts subis par des dizaines de milliers de bâtiments après le tremblement de terre des Abruzzes, même si les pompiers ont trouvé certaines constructions bien légères pour une région qui a déjà subi de violents séismes. Des constructeurs, ingénieurs et inspecteurs devaient être interrogés cette semaine à ce sujet.
A Naples, près de 30 ans après le tremblement de terre de 1980, des milliers d'habitants vivaient toujours dans des logements provisoires, et certaines nouvelles constructions étaient de si mauvaise qualité qu'elles n'ont pas pu être utilisées. Le gouvernement avait pourtant investi plus de 32 milliards de dollars (26 milliards d'euros). L'étendue du rôle de la Camorra reste imprécise car plusieurs procès sont encore en cours, selon le procureur antimafia Piero Grasso. AP
http://fr.news.yahoo.com/3/20090420/twl-italie-seisme-mafia-0ef7422.html
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http://www.paradisfj.info/spip.php?article1348
La mafia napolitaine, acteur principal de la crise chronique des ordures
mercredi 9 janvier 2008 par marieagnes
09/01/2008 17:49
NAPLES (AFP) - La mafia napolitaine, acteur principal de la crise chronique des ordures
La crise chronique des ordures à Naples, qui connaît actuellement un énième épisode, est largement due à la mainmise de la mafia locale, la Camorra, sur la filière des déchets, que l’inaction des autorités n’a fait que renforcer.
"Cette crise est le fruit d’un triste mélange de corruption, qui atteint à Naples un niveau record, d’un climat d’impunité et de l’étonnante passivité de la société civile", estime Massimiliano Marotta, avocat spécialisé dans le contentieux sur les déchets et membre de l’association de défense des droits des citoyens "Napoli Assise".
"La Camorra a compris que les déchets pouvaient rapporter une fortune et elle est présente à tous les maillons de la chaîne", poursuit-il.
Selon lui, "elle a infiltré de multiples sociétés gérant le ramassage et les centres de retraitement (CDR), où elle a fait embaucher ses membres et ses proches ou dont elle a directement pris le contrôle".
Les CDR, payés par les communes pour ramasser, trier puis compacter dans des lingots de plastique les déchets destinés à être brûlés, sont l’épicentre de la crise.
Ils ont produit des centaines de milliers de tonnes de lingots, mais la région ne dispose pas encore d’incinérateur pour les brûler, le premier devant être mis en route au plus tôt d’ici un an.
Faute d’être brûlés, ces déchets sont stockés dans des décharges, aujourd’hui saturées, voire dans les CDR, qui ont été fermés car ils étaient également pleins, ou encore dans des décharges sauvages aux mains de la mafia, qui se fait rémunérer.
Les déchets urbains s’y mêlent aux produits dangereux, sans aucun respect des normes. "Des substances toxiques, et même radioactives s’infiltrent dans le sol, créant un risque pour la santé", dénonce Giovanni de Medici, géologue.
"Une fois l’incinérateur achevé, ces lingots rapporteront encore plus à la Camorra. En les brûlant, les lingots créent du combustible, que l’Italie considère, selon une interprétation hasardeuse d’une norme européenne, comme une source d’énergie renouvelable, faisant l’objet d’aides d’Etat", explique Massimiliano Marotta.
"Les sociétés gérant les CDR, devraient donc recevoir des fonds pour produire ces lingots, qui sont pourtant de vraies bombes écologiques. C’est une situation surréaliste !", poursuit-il.
"Or, dans les CDR, les déchets ne sont pas triés de façon réglementaire, et si les lingots étaient brûlés, ils libéreraient de la dioxine et des substances toxiques. Du coup, aucune autre région et aucun autre pays ne veut se charger de les brûler", affirme Franco Specchio,
"La Camorra est gagnante sur tous les plans et elle a même tout intérêt à ce que la crise perdure car elle fait payer le stockage dans les décharges illégales et le ramassage des ordures au prix fort", estime Francesco Iannello, membre de Napoli Assise.
Lorsque pour la première fois en 1994 a été décrétée "une situation d’urgence" pour les ordures avec la création d’un commissariat ad hoc pour régler le problème, plusieurs CDR infiltrés par la mafia ont été fermés, et des sociétés placées sous enquête.
"Mais les CDR ont rouvert comme par enchantement, continuant de produire ces lingots de déchets. Et aucune société n’a jamais été condamnée", déplore Franco Specchio, communiste et ex-conseiller régional de Campanie, la région de Naples.
"L’étendue de la mainmise de la mafia est impossible sans une complicité passive, voire active, des autorités", accuse M. Iannello.
Donati Piglionica, sénateur de gauche, secrétaire de la Commission parlementaire d’enquête sur les déchets, va plus loin, mettant en cause le commissariat même.
"Le commissariat a été infiltré par la Camorra, un sous-commissaire a été arrêté pour complicité avec la mafia", rappelle-t-il.
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