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jeudi 8 décembre 2011

Les Pays-Bas jugés responsables de 3 morts à Srebrenica

AMSTERDAM (Reuters) - L'Etat néerlandais a été jugé responsable mardi par une cour d'appel des Pays-Bas de la mort de trois musulmans après la chute de l'enclave de Srebrenica lors de la guerre en Bosnie, en juillet 1995.

L'enclave était placée sous la protection d'un contingent de casques bleus néerlandais de l'Onu lorsque qu'elle avait été envahie par les forces serbes. Environ 8.000 musulmans avaient péri dans le massacre.

Des proches d'un électricien tué à Srebrenica et un interprète de l'armée, dont le père et le frère sont morts lors du massacre, ont porté plainte contre l'Etat néerlandais.

La reconnaissance de la responsabilité des Pays-Bas ouvre la voie à d'éventuelles demandes de dédommagements de la part des familles des victimes.

L'Etat peut encore faire appel de cette décision devant la Cour suprême néerlandaise.

Un porte-parole du ministère de la Défense a qualifié la décision d'"inattendue" au vu du jugement en première instance qui avait conclu en 2008 à la non-responsabilité de l'Etat dans ce dossier. Le gouvernement va examiner la décision de la cour d'appel avant de décider d'un éventuel recours, a-t-il dit.

La cour d'appel a estimé que les troupes néerlandaises de l'Onu, le Dutchbat, n'auraient pas dû laisser les trois hommes quitter l'enclave et tomber entre les mains des forces serbo-bosniaques.

"Le Dutchbat a été témoin de nombreux incidents au cours desquels des Serbo-Bosniaques ont maltraité ou tué des réfugiés hors de l'enclave. Les Néerlandais savaient donc (...) que ces hommes courraient un risque considérable s'ils quittaient l'enclave", dit le tribunal.

Les Pays-Bas affirment, eux, que leurs soldats à Srebrenica ont été abandonnés par l'Onu qui ne leur a pas apporté de soutien aérien.

La cour précise que sa décision ne s'applique qu'au cas spécifique de ces trois hommes et ne concerne pas l'ensemble des réfugiés présents dans l'enclave.

Le massacre de Srebrenica reste un sujet sensible aux Pays-Bas. En 2002, la publication d'un rapport officiel sur le rôle des casques bleus néerlandais dans l'enclave protégée par l'Onu avait provoqué la chute du gouvernement.

Aaron Gray-Block, avec Gilbert Kreijger et Ivana Sekularac, Marine Pennetier pour le service français, édité par Gilles Trequesser

publié sur romandie blog le 5/07/2011 18:17

mercredi 7 décembre 2011

Après la disparition de Ben Laden l'homme le plus recherché de la planète c'est Ratko Mladic le second sur la liste des fugitifs qui vient de tomber

Ratko Mladic a été arrêté jeudi 26 mai 2011 après seize ans de cavale. En 2006, le journaliste Jacques Massey analysait, dans son livre Nos chers criminels de guerre, l'attitude ambiguë des autorités serbes sur le cas du chef militaire. Pour Le Monde.fr, il détaille les protections dont Mladic bénéficiait depuis 1995.

Après la signature des accords de Dayton, le 14 décembre 1995, Ratko Mladic vit en République serbe de Bosnie, où se trouvent des troupes de l'OTAN. Pourquoi n'est-il pas arrêté ?

Ratko Mladic est contre les accords de Dayton, qui lui sont imposés. Il sent qu'après le massacre de Srebrenica, le pire pèse sur lui. Il a déjà été inculpé une première fois par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY). C'est ce qui fait qu'entre le massacre, en juillet 1995, et la conclusion des accords, il fait déterrer tous les cadavres de Srebrenica, enterrés dans quatre ou cinq charniers. Les corps sont ensuite dispersés dans une centaine de nouveaux charniers, plus petits, tout autour de la zone d'exercice de la brigade serbe à l'origine du massacre. Mladic est dans cet état d'esprit à l'époque. Ce qui fait que lorsque les pilotes français qu'il détient sont libérés fin 1995, il cherche à s'assurer une respectabilité, en serrant la main du chef d'état-major français, le général Douin. Une respectabilité dont il croit pouvoir profiter pour conserver son impunité après 1995.


Entre 1996 et 1997, il bénéficie de cette tolérance. Il vit à Han Pijesak, un complexe militaire totalement imprenable, à quarante kilomètres de Saravejo, en République serbe de Bosnie. D'une certaine manière, c'est lui qui est le garant du respect des accords de Dayton en République serbe de Bosnie et du fait que les unités militaires serbes n'ouvrent pas le feu dès qu'elles voient un convoi de l'OTAN. Pour toutes ces raisons, Mladic n'est pas une cible, tout comme les autres criminels de guerre. A cette époque-là, c'est lui qui se protège lui-même, du fait de son statut.

Il quitte la Bosnie serbe à la fin des années 1990 pour se rendre en Serbie. Qu'est-ce qui motive ce déplacement ?

A partir de 1998, les principales nations de l'OTAN qui sont en Bosnie serbe s'aperçoivent que le maintien au pouvoir des criminels de guerre recherchés n'est plus un facteur d'apaisement mais, au contraire, un facteur de tensions qui bloque l'application des accords. Ils vont commencer à les poursuivre. A ce moment-là, Mladic prend le large. On retrouve sa trace à Belgrade. Slobodan Milosevic est toujours au pouvoir et de fait, Mladic est protégé par l'Etat, qui lui paye sa retraite. Il est aperçu à quelques reprises, et notamment une fois lors d'un match de football dans le grand stade de Belgrade. Il participe à des cérémonies. Bref, il laisse des traces.

Pourquoi Slobodan Milosevic le protège-t-il ?

Il le protège à la fois parce qu'il est considéré comme un héros national et parce que Mladic, c'est le trait d'union entre Milosevic et la République serbe de Bosnie tout au long de cette guerre. Au début de la guerre, il a été nommé par Belgrade à la tête de l'armée bosno-serbe. Pendant le conflit, Ratko Mladic était aux ordres de l'autorité politique de République serbe de Bosnie, c'est-à-dire de Radovan Karadzic, mais également de l'Etat serbe, dirigé par Milosevic. Donc, en le protégeant, Milosevic se protège.

Slobodan Milosevic est renversé en 2000. De 2001 à 2003, le gouvernement serbe est dirigé par Zoran Djindjic, un dirigeant de l'opposition à Milosevic, qui est assassiné en 2003. Est-ce que cela a un rapport avec la traque de Mladic ?

Il n'y a pas de preuve. Mais parmi les diplomates et les services occidentaux, certains pensent que Zoran Djindjic est assassiné au moment où il se prépare à essayer de livrer Mladic et que c'est l'un des facteurs qui a pesé dans l'assassinat. Il avait commencé à évoquer cette arrestation avec ses interlocuteurs occidentaux.

En 2003, l'OTAN tente de l'arrêter en Bosnie mais échoue. Pourquoi ?

Je ne crois absolument pas aux tentatives de l'OTAN d'arrêter Mladic en Bosnie parce que je ne suis pas certain qu'il soit en Bosnie à cette époque-là. Mais cela permet à l'OTAN de montrer qu'elle s'active. En revanche, dès cette époque, une bonne partie de l'état-major de Mladic a été arrêté, déféré devant le TPIY et commence à être jugé.

Zoran Djindjic est remplacé par Zoran Zivkovic, qui perd les élections fin 2003. Vojislav Kostunica devient premier ministre. Comment est traité le cas Mladic par le gouvernement Kostunica ?


Kostunica, une fois nommé, charge Rade Bulatovic, un survivant de l'ère Milosevic et le futur chef des services secrets serbes (BIA), de coordonner les dossiers de sécurité et l'arrestation de Mladic. En fait, Bulatovic est au four et au moulin : il constitue un groupe chargé de la traque, mais, en même temps, il parraine les structures qui permettent à Ratko Mladic de se cacher. Les choses doivent être sans doute cloisonnées, mais chaque fois que le groupe chargé de l'arrestation avance, les autres sont prévenus de ses avancées. Cela fonctionne de cette manière jusqu'en 2008. Vojislav Kostunica ne veut pas livrer Mladic pour des raisons idéologiques, et pragmatiques, parce qu'il a besoin du soutien des nationalistes. Mais en même temps, il essaye de donner le change.

Dans votre livre, vous mentionnez un événement qui reste toujours inexpliqué : l'assassinat de deux soldats serbes, à l'entrée d'une caserne. Pouvez-vous expliquer quel peut-être le rapport avec Ratko Mladic ?

Cela se passe le 5 octobre 2004, dans une caserne d'un régiment de la garde, à l'extérieur de Belgrade. A 9 heures du matin, les deux soldats qui gardent l'entrée sont liquidés. Il n'y a pas eu d'effraction ni de vol. Ils ont vraisemblablement été témoins de choses qu'ils ne devaient pas voir et on a décidé de les éliminer. Certains pensent que ces garçons avaient été témoins d'un transfèrement de Mladic d'un lieu à un autre. Mais c'est une chose qui n'a jamais été éclaircie.

Le 21 juillet 2008, Radovan Karadzic, le chef politique des serbes de Bosnie, est arrêté. Qu'est-ce qui explique le changement d'attitude des autorités serbes ?

En 2008, Kostunica est écarté et c'est une alliance entre les socialistes et les libéraux qui arrivent au pouvoir. Boris Tadic, président depuis 2004, reprend en main l'Etat serbe et charge les services secrets de récupérer Mladic et Karadzic. Ils font arrêter Karadzic. Si on compare avec la séquence actuelle, ils le font arrêter au moment où il y a un enjeu européen fort, à la veille de la signature de l'accord d'association.

A la différence de Kostunica, Tadic est convaincu qu'il faut arrêter Mladic. C'est à ce moment-là que la structure qui protège Mladic – une structure qui était cautionnée par Rade Bulatovic –, se modifie. Mladic revient sur un réseau beaucoup plus resserré, composé de membres de sa famille et de quelques amis. Ensuite, tout au long des années 2008-2010, l'influence de ses soutiens diminue. Cela s'explique à la fois parce que ses alliés vieillissent et ne sont plus en fonction mais également parce qu'une nouvelle génération s'installe au ministère de l'intérieur et dans les services [Après le départ de Kostunica, Rade Bulatovic est remplacé à la tête du BIA par Sacha Vukadinovic]. De fait, la porosité entre ses soutiens et l'Etat n'est plus aussi forte.

En décembre 2010, l'un de mes interlocuteurs me disait que les autorités serbes avaient donné l'assurance qu'elles allaient tôt ou tard l'arrêter. Elles l'avaient localisé et elles attendaient le meilleur moment possible, ce qui est cohérent avec ce qui se passe aujourd'hui. Après, elles le lâchent à un moment où il est presque grabataire. Elles ont attendu le dernier moment.

Au cours de sa cavale, Ratko Mladic a-t-il bénéficié de protection étrangère ?

A une époque, le bruit a couru qu'il avait été transféré en Russie ou en Biélorussie. Mais cela n'a jamais été prouvé. La vraie complicité des puissances étrangères se situe entre 1995 et 1997. Personne n'avait intérêt à aller le chercher parce qu'à l'époque, c'est un interlocuteur incontournable. C'est la même chose qu'entre Richard Holbrooke, le diplomate américain qui a négocié les accords de Dayton, et Radovan Karadzic. Quand vous négociez avec quelqu'un, vous n'allez pas lui faire la peau dans la minute qui va suivre.

Enfin, si Mladic avait été pris beaucoup plus tôt, c'est un facteur qui aurait pu peser dans la mise en cause de la Serbie dans la guerre de Bosnie, puisqu'il était un officier payé par l'armée serbe. Du coup, cela aurait pu influencer toutes les négociations sur les dommages de guerre. Le fait de ne pas l'arrêter évite de se poser ces questions. Aujourd'hui, elles ont été arbitrées et personne ne reviendra en arrière. Stabiliser la Serbie en lui évitant une dette monstrueuse était un impératif. S'il y a eu une duplicité des puissances étrangères, elle se situe là.

Propos recueillis par Thomas Baïetto

source: lemonde.fr

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REPORTAGE - Le Boucher de Srebrenica vivait incognito chez un cousin. Les voisins font bloc.

Affalés sur leurs chaises de camping, à l'ombre d'un marronnier, les quatre vieillards observent, mi-amusés, mi-agacés, l'agitation irréelle qui s'est emparée de leur rue d'habitude si paisible. À quelques pas, une nuée de journalistes, caméras à l'épaule, s'évertuent à filmer d'innocents riverains bêchant leurs jardins potagers, les harcelant de questions face à des policiers désœuvrés et sans autre consigne apparente que de surveiller les abords de la désormais célèbre «maison jaune». Celle qui abritait l'ennemi public numéro un, le général Ratko Mladic, principal artisan du massacre de Srebrenica, en Bosnie (8 000 musulmans assassinés en 1995), en cavale depuis seize ans, jusqu'à ce que les forces spéciales y mettent fin jeudi aux premières lueurs de l'aube.

Vendredi matin, le petit bourg de Lazarevo s'est réveillé hébété, pas vraiment ravi de sa récente célébrité. Tous les regards se tournent vers une modeste bâtisse aux flancs défraîchis, dissimulée derrière une haie d'acacias et de cerisiers en fleur. Sur le portail en fer forgé vaincu par la rouille, deux initiales, «M. D», semblent révéler le patronyme des propriétaires : Mladic. Son occupant officiel, Branko Mladic, a été arrêté en même temps que son illustre cousin, qu'il hébergeait incognito. «Branko n'a rien à voir dans tout ça, s'emporte Andjelko Tomic, 65 ans, le teint hâlé, dressé sur sa bicyclette. Tout le monde vous le dira.»

Comme les autres riverains, Andjelko ne croit pas une seconde à la théorie de la «planque» de Mladic à Lazarevo. «Il n'a pas passé plus de deux jours ici, croyez-moi, s'emporte-t-il. C'est un petit village sans histoires. On l'aurait tout de suite remarqué !» Même son de cloche auprès de la patronne d'une quincaillerie toute proche, du garagiste importuné dans son établi, du jardinier municipal affairé à réparer sa tondeuse : l'arrestation de Mladic aurait été savamment orchestrée à l'avance, le village de Lazarevo choisi pour jeter en pâture le bourreau de Srebrenica à la justice internationale, avec la complicité d'un gouvernement serbe forcément «corrompu».

Deux pistolets à la ceinture
Peu importe que la police serbe ait mené quatre raids distincts dans les diverses résidences de la famille Mladic. La théorie du complot a la vie dure. Mladic est resté populaire chez les Serbes, surtout à Lazarevo, où une bonne partie des 3000 habitants est constituée de réfugiés venus de Croatie, de Bosnie et du Kosovo. Son statut de «héros sacré» de la patrie reste largement intact parmi les anciens réfugiés, à l'heure où les autorités serbes le traitent comme un fardeau encombrant.

Le silence et la colère froide des habitants de Lazarevo contrastent avec le soulagement ressenti à 80 km de là dans la capitale, Belgrade. Jeudi soir, un cortège de klaxons a accompagné la nouvelle de son arrivée au tribunal spécial pour les crimes de guerre. «Tout le monde est franchement heureux, explique Milos, patron du café OUR Bar, rue Beogradska. Il y a un ras-le-bol général de la misère et de cet isolement international qui n'en finit pas.»

Après la mort subite de l'ancien président Slobodan Milosevic en 2006, l'arrestation de l'ex-chef des Serbes de Bosnie Radovan Karadzic en 2008, la fin de cavale de Mladic laisse augurer des jours meilleurs pour la Serbie, pour laquelle les portes de l'Union européenne pourraient enfin s'entrouvrir. Le fugitif lui-même n'a plus grand-chose à voir avec le fier-à-bras en uniforme qui plastronnait face aux caméras de télévision du monde entier lors du siège de Sarajevo ou la prise de Srebrenica, narguant Casques bleus et troupes de l'Otan.

Arrêté avec deux pistolets à la ceinture, Mladic n'aurait opposé aucune résistance lors de sa capture jeudi matin. Le bras droit paralysé par un accident vasculaire cérébral, les traits méconnaissables, il est apparu au tribunal de Belgrade flanqué de deux policiers, une casquette vissée sur la tête. À 69 ans, Ratko Mladic serait déjà un vieillard affaibli, «en mauvais état physique et mental», assurent ses avocats, qui tentent d'obtenir son hospitalisation pour empêcher son transfert vers le Tribunal pénal international de La Haye (Pays-Bas).

«L'avocat de Mladic a reçu les documents d'extradition et il a jusqu'à lundi pour déposer un appel», a tranché le juge Maja Kovacevic, du tribunal spécial, à l'issue d'une ultime audition jeudi. Lundi, sauf avis médical contraire, Ratko Mladic devrait faire ses bagages pour la prison internationale de Scheveningen, emportant avec lui les derniers stigmates d'un cauchemar vieux de vingt ans.

source : lefigaro.fr

publié sur romandie blog le 27/05/2011 23:10

jeudi 17 novembre 2011

Paix et châtiment par Florence Hartmann

Reuters - Dimanche 9 septembre 2007

Les Serbes Karadzic et Mladic auraient été sciemment épargnés

PARIS (Reuters) - La France, les États-Unis, la Grande-Bretagne et la Russie ont sciemment laissé en liberté les dirigeants serbes Radovan Karadzic et Ratko Mladic, poursuivis pour génocide dans le conflit bosniaque (1992-95), affirme une ancienne collaboratrice de Carla Del Ponte dans un livre qui paraît lundi en France.

Par Thierry Levêque

Ces pays auraient agi ainsi pour éviter qu'un procès ne mette en lumière le fait qu'ils connaissaient avant 1995 les projets du président yougoslave Slobodan Milosevic, instigateur du conflit, mais sont restés inactifs lors des hostilités et ont négocié avec tous les protagonistes, avance dans "Paix et châtiment" Florence Hartmann.

Cette ancienne journaliste du Monde, porte-parole du procureur du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), Carla Del Ponte, de 2000 à 2006, dit écrire en qualité de témoin direct d'entretiens et réunions stratégiques.

Contacté par Reuters, le bureau de Jacques Chirac a rappelé les engagements publics de l'ex-président à arrêter les fuyards. Le Quai d'Orsay juge les accusations infondées. "La France a apporté, apporte et apportera son soutien politique total à l'action du TPIY", a dit un porte-parole à Reuters.

"Karadzic et Mladic n'ont pas été traduits en justice pour ne pas raviver le souvenir du choix inavouable des grandes démocraties occidentales de sacrifier la population de Srebrenica en l'abandonnant sciemment à ses tortionnaires, puis en privant ses survivants de leurs terres et d'un jugement", écrit Florence Hartmann.

Après les accords de Dayton du 14 décembre 1995, qui ont mis fin au conflit, les grandes puissances auraient très souvent su où se trouvaient Radovan Karadzic et Ratko Mladic.

Radovan Karadzic, chef politique des Serbes de Bosnie, et Ratko Mladic, général en chef des forces militaires dans la région, ont été inculpés pour crimes de guerre le 25 juillet 1995 par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPYI). Ils sont accusés d'avoir commandité le massacre de 7.000 à 8.000 Bosniaques en juillet 1995 à Srebrenica.

"KARADZIC SAIT TROP DE CHOSES"

Radovan Karadzic aurait vécu d'abord au grand jour en Bosnie, sous les yeux des forces de l'Otan et avec l'appui financier de Belgrade. Un officier français, Hervé Gourmelon, le rencontrait régulièrement à Pale pour le persuader de se rendre. En mai 1997, son arrestation est débattue entre les grandes puissances mais rien n'est fait.

Florence Hartmann cite Jacques Chirac expliquant en 2000 à Carla del Ponte : "Karadzic n'a pas été arrêté en raison de l'opposition des Russes, Boris Eltsine m'a dit : 'Karadzic sait trop de choses sur Milosevic' et il m'a averti qu'il enverrait un avion pour l'extraire de Bosnie si nécessaire".

Radovan Karadzic est parti en octobre 1997 en Biélorussie "dans un avion militaire affrété par Boris Eltsine", avant de revenir en Bosnie début 1998, écrit l'auteur du livre. En 1999, il a demandé au parquet du TPIY 300.000 marks et une protection en échange de sa reddition, avant de renoncer.

En février 2004, le fuyard a été localisé en Bosnie par le TPIY, qui a transmis l'information à l'Otan. "Quelques heures plus tard, un hélicoptère survole la zone, alertant ainsi Karadzic", écrit Florence Hartmann.

En 2005, un Néerlandais contacte le TPIY. Il dit avoir vu Karadzic le 7 avril à la terrasse d'un café d'une ville bosniaque, Foca. Alertée par le TPIY, les responsables américains de l'Otan, qui officiellement ont perdu sa trace, répondent : "Impossible, il était du 6 au 8 avril à Belgrade".

Les deux fuyards ont sans cesse fait état de promesses d'impunité qui leur auraient été accordées par Paris et Washington pour favoriser les accords de Dayton et obtenir la libération de pilotes militaires français prisonniers en 1995.

Le TPIY a selon Florence Hartmann établi que Ratko Mladic a vécu aussi au grand jour en Bosnie, puis en Serbie à partir de 1997, sortant au restaurant, assistant à des matches de football, étant hospitalisé deux fois sous son nom en 2001 et 2002 à Belgrade, touchant sa retraite de l'Etat serbe.

Le TPIY a connu son adresse exacte et l'a transmise à la CIA, sans jamais obtenir de résultats, souligne l'auteur.

Au procès de Slobodan Milosevic, raconte-t-elle, un magistrat britannique du TPIY, Geoffrey Nice, et des analystes militaires britanniques et américains détachés au TPIY ont demandé l'abandon des charges contre lui sur Srebrenica. Les Etats-Unis ont caché au TPIY des écoutes téléphoniques qui montraient son implication directe, dit Florence Hartmann.

Le mandat de Carla Del Ponte s'achève fin 2007. L'Onu a fixé à 2010 la fermeture du TPIY.
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Florence Hartmann est toujours en fuite, elle se cache car elle est recherchée