Fidèle à lui-même le président du conseil italien d'un tour de passe-passe retourne la situation à son avantage avec le contrôle de la loi et du parlement. A nouveau il fait passer un loi qui le protège personnellement.
Le président du Conseil italien fustige «une certaine magistrature» qui le persécuterait
Le président du Conseil italien fustige «une certaine magistrature» qui le persécuterait.
Silvio Berlusconi a fait lundi le procès de ses juges, lors de sa deuxième comparution en justice pour une affaire de surfacturation de droits télévisés. Comme lors de sa première audition le 28 mars dernier, le président du Conseil s'en est vivement pris à «une certaine magistrature» dans ses déclarations à la presse et aux quelques dizaines de supporteurs venus le soutenir devant le palais de justice de Milan. «C'est la 2566e audience à laquelle je dois assister. Personne au monde n'a dû se défendre dans un nombre aussi élevé d'audiences», a-t-il déclaré. À nouveau il a dénoncé «une persécution judiciaire sans précédent» et fustigé une frange de la magistrature, marquée à gauche, «qui travaille contre le pays au lieu de travailler pour le pays».
Faire comparaître en justice un chef du gouvernement dans l'exercice de ses fonctions, selon lui, est une perte de temps, un coût qu'il évalue à 20 millions d'euros et un préjudice «pour l'ensemble du pays», surtout quand les accusations sont «absolument infondées et démentielles». Silvio Berlusconi se réfère au procès qui lui est intenté pour «concussion» et «relation tarifée avec une mineure», la jeune Marocaine Karima el-Mahroug, dite «Ruby». Des quatre procès où il comparaît, ce dernier est certainement le plus grave. À peine ouverts mercredi dernier, les débats ont été renvoyés au 31 mai, ni Berlusconi, ni ses avocats n'étant présents. Ruby, absente elle aussi, a fait savoir qu'elle ne se constituait pas partie civile. Ce qui est interprété par son défenseur comme le fait qu'elle ne reconnaît pas avoir eu des relations sexuelles avec le président du Conseil, ni s'être livrée à la prostitution.
Lundi matin, à sa sortie du tribunal, Silvio Berlusconi est revenu sur cet épisode. Il justifie notamment les sommes importantes versées par son comptable à la jeune Ruby par le souci de «venir en aide à une personne en proie à de grandes difficultés qui m'ont ému»: «Je voulais l'aider à ouvrir un centre de soins esthétiques. Je l'ai fait pour l'empêcher de se livrer à la prostitution et la conduire dans une voie opposée. Pour cet acte de bonté, on a jeté sur moi une boue indescriptible.»
Dans le procès Mediatrade sur une surfacturation de droits télévisés qui aurait porté à la création de caisses noires à l'étranger, rien de nouveau à cette audience. Berlusconi a qualifié encore une fois l'accusation de «pure invention sans aucune réalité» mais a affirmé qu'il ne fera aucune déclaration à la barre, «à moins que les juges n'en disent une trop grosse qui m'imposerait d'intervenir».
Demain, la Chambre des députés doit approuver un projet de loi très controversé sur «le procès bref» qui raccourcit substantiellement les délais de prescription pour ceux qui n'ont jamais été condamnés. Le texte bénéficierait en premier lieu à Silvio Berlusconi, mais il aurait aussi pour conséquence d'éliminer environ 30% des procès pénaux en cours. Les parents de huit jeunes tués dans l'écroulement d'un foyer d'étudiants lors du séisme du 8 avril 2009 à L'Aquila protesteront devant le Parlement. Les responsables de la construction du foyer, dont le casier judiciaire est vierge, échapperaient à leur procès, bien que l'enquête les rende responsables de graves négligences.
Par Richard Heuzé
source: http://www.lefigaro.fr/international/2011/04/11/01003-20110411ARTFIG00623-accuse-de-fraude-berlusconi-fait-le-proces-de-ses-juges.php
publié sur romandie blog le 19/04/2011 15:26
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mercredi 7 décembre 2011
dimanche 4 décembre 2011
Italie: rondes noires et chemises grises
mercredi 1er juillet 2009
Le discours sécuritaire et les coupes budgétaires favorisent l'émergence de milices qui rappellent le passé de l'Italie.
Les gardes du Pô ont été les premières. Ils portaient chemise verte, répondaient aux mots d'ordre du leader Umberto Bossi, et donnaient au peuple padane de la Ligue du Nord ce sentiment de sécurité que les agents de la police d'Etat n'étaient plus en mesure de lui procurer. Puis sont venus les «city angels» déployés un peu partout dans les grandes villes du nord. Organisations dont on ne connaît bien ni l'origine exacte, ni la véritable finalité. Mais dans les métropoles du Nord (Turin, Milan, Gênes) elles arrangeaient bien les autorités locales: en patrouillant dans les villes la nuit, elles donnaient la sensation de pallier les manques de la sécurité et rassuraient les citoyens. Et lorsque la droite de Berlusconi a repris les rênes du pouvoir en 2008, les paroles ont laissé place aux faits: les «rondes» sont arrivées. Petites cellules de police privée, idéologiques (comme dans le cas de la ligue du Nord), couvertes par une loi d'Etat qui instituait l'existence même des «rondes». Pas pour substituer la police, mais pour la seconder. Une aide, en somme, sur fond de privatisation des services, mais pas uniquement. Les «rondes» sont devenues désormais une idée-force du gouvernement, semblant donner de la sécurité tout en suscitant de nombreuses interrogations dans la frange de l'opinion publique la plus sensible à l'essence de la démocratie. La sécurité est un bien précieux, mais le fait qu'elle soit garantie dans le respect des lois l'est tout autant. L'Italie est un pays qui a vécu le fascisme lequel a vu le jour avec les «chemises noires» de Benito Mussolini, des «rondes» aussi. Pas étonnant qu'une part non négligeable de l'opinion publique s'alarme de la présence de petites milices privées et affiliées à des partis politiques qui, la nuit, se promènent à travers les villes. Il y a quelques jours, par exemple, on a découvert l'existence de la «Garde nationale italienne», aussitôt rebaptisée «rondes noires». Il s'agit d'une Onlus (organisation non gouvernementale) créée en marge du Mouvement social italien (MSI, le parti historique héritier du fascisme), forte d'environ 2.000 volontaires actuellement présents dans presque toute l'Italie, mais concentrés principalement au Piémont, en Lombardie, dans le Lazio, en Campanie et en Sicile. La «Guarde» est un des bras du Parti Nationaliste italien naissant, dirigé par Gaetano Saya. Un homme politique qui a déjà été renvoyé devant la justice pour diffusion d'idées fondées sur la supériorité et la haine raciales. La «Guarde» dispose naturellement d'un uniforme: chemise grise ornée du symbole de l'aigle impérial romain, ceinture noire, cravate noire, pantalon gris à bande latérale noire, béret ou képi gris rehaussés eux aussi de l'emblème de l'aigle. Il y a aussi le casque, les 4X4 noirs, les gants de peau noire et une grosse torche, noire elle aussi. La plupart des volontaires déjà enrôlés sont des fonctionnaires des forces de l'ordre à la retraite. Surtout des carabiniers. Saya, le fondateur, a déclaré: «nous, nous ne sommes pas une milice idéologique, nous sommes même apolitiques». Saya considère que le fascisme est une idéologie du passé, anachronique, mais il tient à l'uniforme car il permet la reconnaissance des rondes et évite toute confusion avec la police. «Un déconcertant délire» pour les opposants de centre gauche, surtout pour Marco Minniti, le bras droit de Massimo D’Alema, qui précise: « Et voilà que les chemises grises organisées par le MSI (Mouvement social italien) se joignent aux chemises vertes. L’idée que le contrôle du territoire puisse être confié à des associations, des milices qui s’identifient avec une couleur politique, est un coup au cœur des principes de toute démocratie libérale ». Mais Silvio Berlusconi se moque de tous ces commentaires et persévère.«Les gens sont avec moi», continue-t-il à dire; et pour l'instant il a encore raison. L'idéologie sécuritaire qui émane de ces rondes est ainsi à son tour mise en valeur. Les délits n'ont cependant pas cessé, la criminalité a même augmenté cette dernière année sous Berlusconi. Pourtant, le sentiment de sécurité des citoyens s'est accru. Le Cavaliere, en campagne électorale, avait martelé, au delà de l'idéologie, le côté «social» de l'argument: les forces de police sont sur le point d'être décimées par les coupes dues aux économies. Un syndicat de police a fait les comptes: au cours des trois prochaines années, les effectifs de fonctionnaires de police diminueront de 4.000 unités, de même que les budgets consacrés à l'habillement et à l'entretien des moyens. Dans une telle situation, il est clair que les rondes sont utiles: elles suppléent aux coupes budgétaires et donnent un sens idéologique à l'action du gouvernement Berlusconi. Et enfin, pour quelques-uns, elles sont aussi un business. Cesare Martinetti Traduit de l'italien par Florence Boulin
http://www.slate.fr/story/7489/italie-rondes-de-nuit-et-chemises-grises
Le discours sécuritaire et les coupes budgétaires favorisent l'émergence de milices qui rappellent le passé de l'Italie.
Les gardes du Pô ont été les premières. Ils portaient chemise verte, répondaient aux mots d'ordre du leader Umberto Bossi, et donnaient au peuple padane de la Ligue du Nord ce sentiment de sécurité que les agents de la police d'Etat n'étaient plus en mesure de lui procurer. Puis sont venus les «city angels» déployés un peu partout dans les grandes villes du nord. Organisations dont on ne connaît bien ni l'origine exacte, ni la véritable finalité. Mais dans les métropoles du Nord (Turin, Milan, Gênes) elles arrangeaient bien les autorités locales: en patrouillant dans les villes la nuit, elles donnaient la sensation de pallier les manques de la sécurité et rassuraient les citoyens. Et lorsque la droite de Berlusconi a repris les rênes du pouvoir en 2008, les paroles ont laissé place aux faits: les «rondes» sont arrivées. Petites cellules de police privée, idéologiques (comme dans le cas de la ligue du Nord), couvertes par une loi d'Etat qui instituait l'existence même des «rondes». Pas pour substituer la police, mais pour la seconder. Une aide, en somme, sur fond de privatisation des services, mais pas uniquement. Les «rondes» sont devenues désormais une idée-force du gouvernement, semblant donner de la sécurité tout en suscitant de nombreuses interrogations dans la frange de l'opinion publique la plus sensible à l'essence de la démocratie. La sécurité est un bien précieux, mais le fait qu'elle soit garantie dans le respect des lois l'est tout autant. L'Italie est un pays qui a vécu le fascisme lequel a vu le jour avec les «chemises noires» de Benito Mussolini, des «rondes» aussi. Pas étonnant qu'une part non négligeable de l'opinion publique s'alarme de la présence de petites milices privées et affiliées à des partis politiques qui, la nuit, se promènent à travers les villes. Il y a quelques jours, par exemple, on a découvert l'existence de la «Garde nationale italienne», aussitôt rebaptisée «rondes noires». Il s'agit d'une Onlus (organisation non gouvernementale) créée en marge du Mouvement social italien (MSI, le parti historique héritier du fascisme), forte d'environ 2.000 volontaires actuellement présents dans presque toute l'Italie, mais concentrés principalement au Piémont, en Lombardie, dans le Lazio, en Campanie et en Sicile. La «Guarde» est un des bras du Parti Nationaliste italien naissant, dirigé par Gaetano Saya. Un homme politique qui a déjà été renvoyé devant la justice pour diffusion d'idées fondées sur la supériorité et la haine raciales. La «Guarde» dispose naturellement d'un uniforme: chemise grise ornée du symbole de l'aigle impérial romain, ceinture noire, cravate noire, pantalon gris à bande latérale noire, béret ou képi gris rehaussés eux aussi de l'emblème de l'aigle. Il y a aussi le casque, les 4X4 noirs, les gants de peau noire et une grosse torche, noire elle aussi. La plupart des volontaires déjà enrôlés sont des fonctionnaires des forces de l'ordre à la retraite. Surtout des carabiniers. Saya, le fondateur, a déclaré: «nous, nous ne sommes pas une milice idéologique, nous sommes même apolitiques». Saya considère que le fascisme est une idéologie du passé, anachronique, mais il tient à l'uniforme car il permet la reconnaissance des rondes et évite toute confusion avec la police. «Un déconcertant délire» pour les opposants de centre gauche, surtout pour Marco Minniti, le bras droit de Massimo D’Alema, qui précise: « Et voilà que les chemises grises organisées par le MSI (Mouvement social italien) se joignent aux chemises vertes. L’idée que le contrôle du territoire puisse être confié à des associations, des milices qui s’identifient avec une couleur politique, est un coup au cœur des principes de toute démocratie libérale ». Mais Silvio Berlusconi se moque de tous ces commentaires et persévère.«Les gens sont avec moi», continue-t-il à dire; et pour l'instant il a encore raison. L'idéologie sécuritaire qui émane de ces rondes est ainsi à son tour mise en valeur. Les délits n'ont cependant pas cessé, la criminalité a même augmenté cette dernière année sous Berlusconi. Pourtant, le sentiment de sécurité des citoyens s'est accru. Le Cavaliere, en campagne électorale, avait martelé, au delà de l'idéologie, le côté «social» de l'argument: les forces de police sont sur le point d'être décimées par les coupes dues aux économies. Un syndicat de police a fait les comptes: au cours des trois prochaines années, les effectifs de fonctionnaires de police diminueront de 4.000 unités, de même que les budgets consacrés à l'habillement et à l'entretien des moyens. Dans une telle situation, il est clair que les rondes sont utiles: elles suppléent aux coupes budgétaires et donnent un sens idéologique à l'action du gouvernement Berlusconi. Et enfin, pour quelques-uns, elles sont aussi un business. Cesare Martinetti Traduit de l'italien par Florence Boulin
http://www.slate.fr/story/7489/italie-rondes-de-nuit-et-chemises-grises
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