samedi 3 décembre 2011

L'Europe plus ferme contre l'Iran que l'Amérique

Les Européens se sont exprimés sur les élections en Iran et la répression des manifestations d'opposants au président Ahmadinejad avec une vigueur inattendue. Celle-ci est d'autant plus remarquable qu'elle tranche avec la modération observée de l'autre côté de l'Atlantique. Si bien que les réactions dans le monde se divisent en trois groupes: les pays qui ont accepté le résultat officiel des élections présidentielles comme si de rien n'était, tels la Chine et la Russie, ceux qui ont condamné les probables manipulations, comme la France par la voix de Nicolas Sarkozy - «l'ampleur de la fraude est proportionnelle à la violence de la réaction [du pouvoir]», a dit le président de la République --, et ceux, enfin, qui observent la prudence. L'attitude de Barack Obama s'explique. La réélection de Mahmoud Ahmadinejad ne remet pas en cause sa proposition de dialogue avec Téhéran et toute déclaration trop nette ne pourrait que nuire à une opération dont la réussite est rien moins que garantie. Si le régime des mollahs vient à bout de la contestation - une hypothèse qu'on ne peut pas écarter --, les Américains se retrouveront en face des mêmes interlocuteurs et il serait contreproductif de les disqualifier alors que les contacts officiels n'ont pas commencé. Du côté européen, l'affaire est plus compliquée. Le Conseil européen qui s'est achevé vendredi 19 juin à Bruxelles, a employé le langage diplomatique classique pour appeler à la modération, à la liberté de manifestation et d'expression, à la renonciation à la violence. Dans leurs propos en marge de la réunion, les dirigeants européens ont été plus fermes. En particulier, une fois de plus, Nicolas Sarkozy. Certes, il ne veut pas donner l'impression de s'ingérer dans les affaires intérieures de l'Iran mais il n'en considère pas moins que les manifestations populaires sont «une bonne nouvelle», que les sanctions internationales ont «contribué à réveiller la société iranienne» et que la poursuite de la protestation rend «extrêmement optimiste». Cette franchise reflète sans doute la profonde aversion du chef de l'Etat pour le régime islamique de Téhéran et le règne des religieux, au-delà de l'aspect autoritaire et répressif du système. Mais elle a aussi une explication politique. Depuis son arrivée au pouvoir, Nicolas Sarkozy a condamné sans appel le programme nucléaire iranien. Il l'a répété encore au début de juin quand il a reçu à l'Elysée le ministre des affaires étrangères de Téhéran Mamoucher Mottaki - à la demande de ce dernier. Il l'a mis en garde contre le risque «d'isolement croissant» de l'Iran si le pays poursuit la recherche de la bombe. Si les Iraniens ne répondent pas aux conditions posées par la communauté internationale et ne suspendent pas l'enrichissement de l'uranium, «alors une frappe israélienne est inévitable, ce qui serait une catastrophe», a-t-il ajouté. Il s'agit pour les Européens, et pour la France en particulier, de réaffirmer leurs positions, à un moment où le réexamen de la politique américaine vis-à-vis de l'Iran demandée par le président Obama, pourrait conduire à un net infléchissement de l'attitude des Etats-Unis. Depuis 2003, les Européens, sous la forme de la troïka des ministres des affaires étrangères français, allemand et britannique, ont pris en charge le dossier nucléaire iranien. Ils l'ont fait par défaut. A cette époque, l'administration de George W. Bush, trop occupée par l'Irak, ne s'y intéressait pas et ne voulait avoir aucun contact avec les mollahs. Quand le dossier a été repris par les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU, plus l'Allemagne - le groupe des Six --, c'est encore un Européen, Javier Solana, le Haut représentant pour la politique extérieure et de sécurité commune, qui a mené les négociations au nom de tous. Si l'ouverture américaine envers l'Iran se confirme après la réélection d'Ahmadinejad, cette nouvelle politique risque de prendre les Européens à contrepied. Quelques jours à peine après la victoire de Barack Obama, le ministre français des affaires étrangères Bernard Kouchner était allé à Washington mettre en garde contre un tournant trop rapide. Les Européens se montraient soucieux de ne pas voir la fermeté affichée depuis plusieurs années, parfois aux dépens de leurs intérêts économiques en Iran, rayée d'un trait de plume. Même s'ils reconnaissaient que leurs efforts n'avaient abouti à aucun résultat. L'Union européenne poursuit ainsi deux objectifs: se présenter comme la meilleure représentante des valeurs démocratiques du monde transatlantique et renforcer sa position alors que l'heure d'une redéfinition de la politique iranienne va sonner. Daniel Vernet samedi 20 juin 2009 http://www.slate.fr/story/6943/iran-diplomatie-sarkozy-europe-france-ahmadinejad-nucleaire



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J

Iran: la révolution Twitter n'a pas eu lieu
Le rôle du réseau social dans les manifestations à Téhéran est tout relatif.

e manifeste mon enthousiasme personnel à l’égard de Twitter des dizaines de fois par jour en postant mes propres tweets (messages courts), en lisant une grande partie des messages publiés par mes 72 contacts et en renvoyant des tweets à n’en plus finir.

Toutefois, mon engouement pour Twitter connaît une limite: contrairement à mes collègues journalistes fans des nouvelles technologie, j’ai trouvé que ce site a fait beaucoup de bruit, mais a donné peu de clés pour comprendre l’explosion sociale qui secoue l’Iran. Je ne dis pas qu’il n’y a aucun renseignement pertinent dans le lot, mais seulement que mon filtre intellectuel n’est pas assez fin pour retenir les informations fiables à propos de l’Iran. Il y a deux jours, le contributeur de Slate, Joshua Kucera, a publié sur le site Internet True/Slant une liste d’erreurs factuelles que les utilisateurs de Twitter diffusaient au sujet de l’insurrection iranienne: on a pu lire, par exemple, que 3 millions de personnes manifestaient contre le régime, que Mir Hossein Moussavi était assigné à résidence et que l’élection avait été invalidée par les autorités.

Mais avant que vous – qui faites partie des millions de gens qui vantent Twitter comme étant la CNN du peuple, un outil de démocratie indispensable et une incroyable source d’information pour les journalistes – ne me tombiez dessus et ne veuillez me couper ma connexion Internet, soyez rassurez, je vous comprends. Je ne construis pas un homme de paille pour l’abattre ensuite. J’apprécie, comme l’écrit le célèbre éditorialiste de The Atlantic sur son blog, que la plupart des articles ont davantage vocation à «donner des impressions plutôt que des faits bruts». Mais disons que mon désir d’impressions est assez vite assouvi, contrairement à ma soif d’infos factuelles. Si on devrait pouvoir critiquer l’Ayatollah Ali Khamenei sans crainte de se faire tirer dessus, alors il faut qu'on puisse aussi examiner minutieusement Twitter.

Sur MotherJones.com, Kevin Drum explique qu’avant de plier le genou devant le pouvoir révolutionnaire de Twitter, il faut se rappeler que les manifestations massives et authentiques ont existé avant Twitter ou même Internet.

L’un des plus sévères détracteurs de Twitter que j’ai lu cette semaine s’appelle Evgeny Morozov. Sur le site d’info ForeignPolicy.com, il a exposé son avis hérétique selon lequel un contrôle ou un blocage des tweets et des articles de blog publiés par des manifestants iraniens dans le pays n’est peut-être pas la priorité numéro un du régime. «Lorsque des vraies émeutes se déroulent dans les rues, les «émeutes» sur Twitter n’apparaissent pas comme une vraie menace», écrit-il. Par ailleurs, Evgeny Morozov doute que Twitter ait contribué à l’organisation des manifestations, même si le réseau social a permis de braquer les projecteurs sur la crise iranienne.

Mais ne prenez pas Morozov pour un ennemi irréductible de Twitter. Il affirme avoir inventé, au mois d’avril, la «version moldave de la révolution Twitter». Selon lui, le nombre d’utilisateurs de Twitter dans un pays instable n’est pas aussi important que leur capacité à diffuser des infos. Il ne faut pas sous-estimer l’effet de réseau de quelques auteurs très engagés.

En même temps, Morozov comprend que le rôle des médias sociaux dans les tentatives de renversement de régimes despotiques est limité. «Si vous projetez de renverser le régime de Castro et que vous évoquez votre plan sur Twitter, franchement, ce n’est pas la peine de vous fatiguer.» De même, il explique qu’il était opposé à l’utilisation de LiveJournal.com pour organiser des mobilisations éclair en Biélorussie en 2006: «cela me paraissait stupide, puisque le KGB consultait pratiquement les mêmes blogs que les militants.» (Dans un autre article, Morozov raconte comment Twitter a mal informé la population à propos de la crise de la grippe porcine.)

La révolution Twitter a peut-être un côté obscur. Jason Zengerle, de la revue The New Republic, attire notre attention sur une interview d’Ethan Zuckerman dans l’émission On the Media de la National Public Radio [principale radio publique américaine] datant du mois d’avril. Zuckerman, qui travaille au Centre Berkman pour Internet et la Société, y parle de son étude de la révolution Twitter en Moldavie.

Ethan Zuckerman a prouvé qu’au bout de sept jours de rébellion, Twitter «a été utilisé comme une chaîne de désinformation par des groupes vraisemblablement de mèche avec le gouvernement; ils ont surtout tenté de faire peur à la population pour la dissuader de retourner manifester».

Bientôt, la police secrète risque d’envoyer elle-même des messages de mobilisation sur Twitter («Rassemblement à 19 heures sur la place de Tian’anmen pour une marche jusqu’au siège central.») afin d’épingler tous ceux qui seront au rendez-vous!

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Si vous souhaitez obtenir un avis plus positif sur l’incroyable pouvoir de Twitter, lisez cet article de Marc Ambinder (The Atlantic). Pour lire trois tweets optimistes par jour, consultez mon fil Tweeter.

Jack Shafer

Article paru sur Slate.com le 17 juin 2009 et traduit par Micha Cziffra

http://www.slate.fr/story/6905/les-limites-de-twitter

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La CIA et le laboratoire iranien
Published on juin 20, 2009 par Spotless Mind
La nouvelle d’une possible fraude électorale s’est répandue à Téhéran comme une traînée de poudre et a poussé dans la rue les partisans de l’ayatollah Rafsanjani contre ceux de l’ayatollah Khamenei. Ce chaos est provoqué en sous-main par la CIA qui sème la confusion en inondant les Iraniens de messages SMS contradictoires. Thierry Meyssan relate cette expérience de guerre psychologique.


En mars 2000, la secrétaire d’État Madeleine Albright a admis que l’administration Eisenhower avait organisé un changement de régime, en 1953, en Iran et que cet événement historique explique l’hostilité actuelle des Iraniens face aux États-Unis. La semaine dernière, lors de son discours du Caire adressé aux musulmans, le président Obama a officiellement reconnu qu’« en pleine Guerre froide, les États-Unis ont joué un rôle dans le renversement d’un gouvernement iranien démocratiquement élu » [1].

À l’époque, l’Iran est contrôlée par une monarchie d’opérette dirigée par le chah Mohammad Reza Pahlavi. Il avait été placé sur le trône par les Britanniques, qui avaient forcé son père, l’officier cosaque pro-nazi Reza Pahlavi, à démissionner. Cependant, le chah doit composer avec un Premier ministre nationaliste Mohammad Mossadegh. Celui-ci, avec l’aide de l’ayatollah Abou al-Qassem Kachani, nationalise les ressources pétrolières [2]. Furieux, les Britanniques convainquent les États-uniens qu’il faut stopper la dérive iranienne avant que le pays ne sombre dans le communisme. La CIA met alors en place l’Opération Ajax visant à renverser Mossadegh avec l’aide du chah, et à le remplacer par le général nazi Fazlollah Zahedi, jusque là détenu par les Britanniques. Il installera le régime de terreur le plus cruel de l’époque, tandis que le chah servira de couverture à ses exactions en posant pour les magazines people occidentaux.

L’opération Ajax fut dirigée par l’archéologue Donald Wilber, l’historien Kermit Roosevelt (le petit-fils du président Theodore Roosevelt) et le général Norman Schwartzkopf Sr. (dont le fils homonyme a commandé l’opération Tempête du désert). Elle reste un modèle de subversion. La CIA imagine un scénario qui donne l’impression d’un soulèvement populaire alors qu’il s’agit d’une opération secrète. Le clou du spectacle étant une manifestation à Téhéran avec 8 000 figurants payés par l’Agence pour fournir des photos convaincantes à la presse occidentale [3].

L’Histoire se répéterait-elle ? Washington a renoncé à attaquer militairement l’Iran et a dissuadé Israël de prendre une telle initiative. Pour parvenir à « changer le régime », l’administration Obama préfère jouer la carte —moins dangereuse, mais plus aléatoire— de l’action secrète. À l’issue de l’élection présidentielle iranienne, de vastes manifestations opposent dans les rues de Téhéran les partisans du président Mahmoud Ahmadinejad et du guide Ali Khamenei d’un côté, aux partisans du candidat malheureux Mir-Hossein Mousavi et de l’ex-président Akbar Hashemi Rafsanjani de l’autre. Elle traduisent un profond clivage dans la société iranienne entre un prolétariat nationaliste et une bourgeoisie qui déplore d’être tenue à l’écart de la globalisation économique. Agissant en sous-main, Washington tente de peser sur les événements pour renverser le président réélu.

Une nouvelle fois, l’Iran est un champ d’expérimentation de méthodes innovantes de subversion. La CIA s’appuie en 2009 sur une arme nouvelle : la maîtrise des téléphones portables.

Depuis la généralisation des téléphones portables, les services secrets anglo-saxons ont multiplié leurs capacités d’interception. Alors que l’écoute des téléphones filaires nécessite la pose de bretelles de dérivation, donc des agents sur place, l’écoute des portables peut se faire à distance grâce au réseau Échelon. Toutefois, ce système ne permet pas d’interception des communications téléphoniques via Skype, d’où le succès des téléphones Skype dans les zones de conflit [4]. La National Security Agency (NSA) vient donc de démarcher les fournisseurs d’accès internet du monde entier pour obtenir leur concours. Ceux qui ont accepté ont été grassement rétribués [5].

Dans les pays qu’ils occupent —Irak, Afghanistan et Pakistan—, les Anglo-Saxons interceptent la totalité des conversations téléphoniques qu’elles soient émises par des portables ou qu’elles soient filaires. Le but n’est pas de disposer de retranscription de telle ou telle conversation, mais d’identifier les « réseaux sociaux ». En d’autres termes, les téléphones sont des mouchards qui permettent de savoir avec qui une personne donnée est en relation. Partant de là, on peut espérer identifier les réseaux de résistance. Dans un second temps, les téléphones permettent de localiser les cibles identifiées, et de les « neutraliser ».

C’est pourquoi, en février 2008, les insurgés afghans ont ordonné aux divers opérateurs de stopper leur activité chaque jour de 17h à 03h, de manière à empêcher les Anglo-Saxons de suivre leurs déplacements. Les antennes-relais de ceux qui ont contrevenu à cet ordre ont été détruites [6].

À l’inverse, —hormis un central téléphonique touché par erreur—, les forces israéliennes se sont bien gardées de bombarder les relais téléphoniques à Gaza, lors de l’opération Plomb durci, en décembre 2008-janvier 2009. Il s’agit là d’un changement complet de stratégie chez les Occidentaux. Depuis la guerre du Golfe prévalait la « théorie des cinq cercles » du colonel John A. Warden : le bombardement des infrastructures de téléphonie était considéré comme un objectif stratégique à la fois pour plonger la population dans la confusion et pour couper les communications entre les centres de commandement et les combattants. Désormais, c’est le contraire, il faut protéger les infrastructures de télécommunications. Durant les bombardements de Gaza, l’opérateur Jawwal [7] a offert du crédit à ses abonnés, officiellement pour leur venir en aide, de facto dans l’intérêt des Israéliens.

Franchissant un pas, les services secrets anglo-saxons et israéliens ont développé des méthodes de guerre psychologique basées sur l’usage extensif des portables. En juillet 2008, après l’échange de prisonniers et dépouilles entre Israël et le Hezbollah, des robots ont lancé des dizaines de milliers d’appel vers des portables libanais. Une voix en arabe mettait en garde contre toute participation à la Résistance et dénigrait le Hezbollah. Le ministre libanais des télécom, Jibran Bassil [8], avait déposé une plainte à l’ONU contre cette flagrante violation de la souveraineté du pays [9].

Sur le même modèle des dizaines de milliers de Libanais et de Syriens ont reçu un appel automatique en octobre 2008 leur proposant 10 millions de dollars contre toute information qui permettrait de localiser et de délivrer des soldats israéliens prisonniers. Les personnes intéressées pour collaborer étaient invitées à joindre un numéro au Royaume-Uni [10].

Cette méthode vient d’être employée en Iran pour intoxiquer la population en répandant des nouvelles choquantes, et pour canaliser le mécontentement qu’elles suscitent.

En premier lieu, il s’est agit de répandre par SMS durant la nuit du dépouillement la nouvelle selon laquelle le Conseil des gardiens de la Constitution (équivalent de la Cour constitutionnelle) avaient informé Mir-Hossein Mousavi de sa victoire. Dès lors, l’annonce, plusieurs heures plus tard des résultats officiels —la réélection de Mahmoud Ahmadinejad avec 65 % des suffrages exprimés— paraissait un gigantesque trucage. Pourtant, trois jours plutôt, M. Mousavi et ses amis considéraient la victoire massive de M. Ahmadinejad comme certaine et s’efforçaient de l’expliquer par des déséquilibres dans la campagne électorale. Ainsi l’ex-président Akbar Hashemi Rafsanjani détaillait ses griefs dans une lettre ouverte. Les instituts de sondage US en Iran pronostiquaient une avance de M. Ahmadinejad de 20 points sur M. Mousavi [11]. À aucun moment, la victoire de M. Mousavi n’est parue possible, même s’il est probable que des trucages ont accentué la marge entre les deux candidats.

Dans un second temps, des citoyens ont été sélectionnés ou se sont fait connaître sur internet pour converser sur Facebook ou s’abonner à des fils de dépêche Twitter. Ils ont alors reçu, toujours par SMS, des informations —vraies ou fausses— sur l’évolution de la crise politique et les manifestations en cours. Ce sont ces dépêches anonymes qui ont répandu les nouvelles de fusillades et de morts nombreux ; nouvelles à ce jour non confirmées. Par un malencontreux hasard de calendrier, la société Twitter devait suspendre son service durant une nuit, le temps nécessaire à la maintenance de ses installations. Mais le département d’État des États-Unis est intervenu pour lui demander de surseoir à cette opération [12]. Selon le New York Times, ces opérations contribuent à semer la défiance dans la population [13].


Des messages faisant état de menaces de mort, d’irruptions des forces de l’ordre à domicile, etc.
émis par des auteurs impossibles à identifier ou localiser.
Simultanément, dans un effort nouveau la CIA mobilise les militants anti-iraniens aux USA et au Royaume-Uni pour ajouter au désordre. Un Guide pratique de la révolution en Iran leur a été distribué, il comprend plusieurs conseils pratiques, dont :

régler les comptes Twitter sur le fuseau horaire de Téhéran ;
centraliser les messages sur les comptes Twitter @stopAhmadi, #iranelection et #gr88 ;
Ne pas attaquer les sites internet officiels de l’État iranien. « Laissez faire l’armée » US pour cela (sic).
Mis en application, ces conseils empêchent toute authentification des messages Twitter. On ne peut plus savoir s’ils sont envoyés par des témoins des manifestations à Téhéran ou par des agents de la CIA à Langley, et l’on ne peut plus distinguer le vrai du faux. Le but est de creer toujours plus de confusion et de pousser les Iraniens à se battre entre eux.

Les états-majors, partout dans le monde, suivent avec attention les événements à Téhéran. Chacun tente d’évaluer l’efficacité de cette nouvelle méthode de subversion dans le laboratoire iranien. À l’évidence, le processus de déstabilisation a fonctionné. Mais il n’est pas sûr que la CIA puisse canaliser les manifestants pour qu’ils fassent eux-mêmes ce que le Pentagone a renoncé à faire et qu’ils n’ont aucune envie de faire : changer le régime, clore la révolution islamique.

Par Thierry Meyssan, le 17 juin 2009, pour le Réseau Voltaire



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Références :

[1] « Discours à l’université du Caire », par Barack Obama, Réseau Voltaire, 4 juin 2009.

[2] « BP-Amoco, coalition pétrolière anglo-saxonne », par Arthur Lepic, Réseau Voltaire, 10 juin 2004.

[3] Sur le coup de 1953, l’ouvrage de référence est All the Shah’s Men : An American Coup and the Roots of Middle East Terror, par Stephen Kinzer, John Wiley & Sons éd (2003), 272 pp. Pour les lecteurs francophones, signalons le dernier chapitre du récent livre de Gilles Munier, Les espions de l’or noir, Koutoubia éd (2009), 318 pp.

[4] « Taliban using Skype phones to dodge MI6 », par Glen Owen, Mail Online, 13 septembre 2008.

[5] « NSA offering ’billions’ for Skype eavesdrop solution », par Lewis Page, The Register, 12 février 2009.

[6] « Taliban Threatens Cell Towers », par Noah Shachtman, Wired, 25 février 2008.

[7] Jawwal est la marque de PalTel, la société du milliardaire palestinien Munib Al-Masri.

[8] Jibran Bassil est un des principaux leaders du Courant patriotique libre, le parti nationaliste de Michel Aoun.

[9] « Freed Lebanese say they will keep fighting Israel », Associated Press, 17 juillet 2008.

[10] L’auteur de cet article a été témoin de ces appels. On pourra aussi consulter « Strange Israeli phone calls alarm Syrians. Israeli intelligence services accused of making phone calls to Syrians in bid to recruit agents », Syria News Briefing, 4 décembre 2008.

[11] Cité dans « Ahmadinejad won. Get over it », par Flynt Leverett et Hillary Mann Leverett, Politico, 15 juin 2009.

[12] « U.S. State Department speaks to Twitter over Iran », Reuters, 16 juin 2009.

[13] « Social Networks Spread Defiance Online », par Brad Stone et Noam Cohen, The New York Times, 15 juin 2009.

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publié sur romandie blog le 20/06/2009 14:59

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