samedi 3 décembre 2011

Le Sri Lanka proclame sa victoire contre les Tigres, le chef rebelle tué

Le Sri Lanka a proclamé lundi sa victoire militaire contre les Tigres tamouls en s'emparant de leur dernière poche dans le nord-est et en tuant tous les dirigeants de la guérilla, dont son chef suprême Velupillaï Prabhakaran. Evénement

"Toutes les opérations militaires ont été stoppées grâce à la prise du dernier bout de territoire" de moins d'un kilomètre carré encore contrôlé par les Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE), a annoncé le chef de l'armée de terre, le général Sarath Fonseka.

"A présent, le pays tout entier est libéré du terrorisme et 250 cadavres de terroristes gisent sur ce dernier bout de terre", a ajouté l'officier.

Cette annonce met fin à 37 ans de conflit séparatiste, au prix de plus de 70.000 morts et décapite le mouvement pour un Etat tamoul indépendant des Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE), qui avait déjà reconnu dimanche sa défaite militaire.

Lundi dans la matinée, les Tigres avaient perdu leur fondateur et commandant suprême, M. Prabhakaran, 54 ans, tué par l'armée.

Invisible depuis 18 mois, il avait tenté de s'enfuir à bord d'une ambulance en compagnie de deux lieutenants, mais il est tombé dans une embuscade tendue par les militaires et a été abattu, ont indiqué à l'AFP deux hautes sources militaires.

L'ensemble de la direction des Tigres tamouls, fondé en 1972, y compris M. Prabhakaran, a été anéanti par l'armée, a confirmé la télévision publique ITN.

Ses deux plus proches lieutenants -Pottu Amman, chef des services de renseignement et Soosai, chef de la force navale des "Tigres des mers"- ont aussi été éliminés.

M. Prabhakaran est vraisemblablement mort et le président sri-lankais Mahinda Rajapakse devrait le confirmer officiellement vers 12H30 GMT, a annoncé un porte-parole de la présidence.

Le chef de l'Etat nationaliste annoncera solennellement mardi au Parlement la fin de la guerre dans l'île de l'océan Indien.

Dans sa lutte à mort contre les Tigres, l'armée a mis au jour le cadavre du fils de M. Prabhakaran, Charles Anthony, 24 ans. Trois autres corps ont été retrouvés: ceux du chef de la vitrine politique de la rébellion, B. Nadesan, du chef du secrétariat à la paix du LTTE, S. Puleedevan, et du dirigeant S. Ramesh.

Dimanche, la guérilla la plus redoutable au monde avait annoncé avoir cessé le combat, admettant sa défaite militaire. "Nous avons décidé de faire taire nos armes (...) Cette bataille s'est achevée amèrement", avait déclaré le porte-parole du LTTE, Selvarasa Pathmanathan.

L'insurrection séparatiste contrôlait en 2006 un tiers des 65.000 km2 du Sri Lanka, dans le nord et l'est, où elle luttait pour un Etat tamoul indépendant.

La "défaite militaire des terroristes" avait déjà été annoncée samedi par le président Rajapakse, architecte depuis trois ans, avec son frère Gotabhaya au ministère de la Défense, d'une guerre à outrance.

En raison de la brutalité de son ultime coup de boutoir depuis janvier dans le nord-est -qui a probablement tué, selon l'ONU, 6.500 civils- Colombo s'est mis à dos l'Occident.

Gordon Brown, Premier ministre de la Grande-Bretagne, l'ex-puissance coloniale, l'a averti de "conséquences pour ses actions". Londres est favorable à une enquête pour "crimes de guerre", visant tant l'armée que les Tigres.

Ces jours-ci, les rebelles ont accusé les militaires d'avoir massacré des milliers de civils. Colombo a rétorqué que la guérilla tirait sur ces "boucliers humains".

Dimanche, l'armée avait affirmé avoir "sauvé" la totalité des "50.000 civils otages" des rebelles dans leur enclave. Depuis des semaines, le Sri Lanka assurait que les Tigres retenaient 20.000 Tamouls.

Près de 115.000 habitants avaient déjà fui le théâtre du conflit fin avril.

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Les Tigres tamouls, la guérilla la plus redoutable au mondeLes séparatistes des Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE), jugés indestructibles, se sont effondrés sous les coups d'une guerre conventionnelle orchestrée depuis trois ans par le régime nationaliste du président Mahinda Rajapakse.

La rébellion contrôlait en 2006 un tiers des 65.000 km2 du territoire sri-lankais, dans le nord et l'est, où elle voulait fonder un Etat séparé.

"Leur chute a été aussi spectaculaire que leurs attaques", résumait récemment pour l'AFP le général en retraite, Vipul Boteju, se disant surpris par une "débâcle si rapide".

Le LTTE, acculé sur un rectangle de jungle de 400 m sur 600 m dans le nord-est, a annoncé dimanche avoir cessé le combat, admettant ainsi sa défaite militaire.

Les Tigres avaient été éjectés à l'été 2007 de leurs bastions de l'est. Ils avaient perdu en janvier dernier leurs fiefs du nord, notamment leur "capitale" politique Kilinochchi et leur dernière ville Mullaittivu.

En accumulant les déroutes, les insurgés ont perdu leurs infrastructures militaires: leurs bases terrestres, leur marine --les "Tigres des mers"-- et leur mini-armée de l'air, les "Tigres volants".

En mars 2007, ils avaient fait sensation en envoyant deux avions de fabrication tchèque bombarder une base de l'armée de l'air à Colombo.

Ces missions audacieuses se sont répétées jusqu'en février dernier.

Créés en 1972 par un Tamoul radical, Velupillaï Prabhakaran, les Nouveaux tigres tamouls --rebaptisés LTTE en mai 1976-- ont perpétré le plus d'attaques suicide au monde, bien devant les groupes islamistes.

La guérilla, qui a compté 20.000 combattants, est tristement célèbre pour ses commandos suicide --les "Tigres noirs", dont un tiers de femmes-- multipliant les attentats dès 1987.

En mai 1975, Prabhakaran avait commis le premier assassinat politique en tuant le maire de Jaffna (nord).

Les Tigres avaient assassiné en mai 1991 le Premier ministre indien Rajiv Gandhi et le président sri-lankais Ranasinghe Premadasa en mai 1993.

Pour ces crimes, le LTTE est inscrit depuis le 29 mai 2006 sur la liste d'organisations "terroristes" de l'Union européenne et figure depuis 1997 dans un classement identique du département d'Etat américain.

En outre, les Tigres disposent de réseaux de collecte de fonds, grâce à la diaspora tamoule en Europe, Amérique du Nord ou Australie. Ils sont également accusés, comme l'armée, d'avoir enrôlé des enfants comme soldats.

Pourtant, dans leur fief du nord --avec ses tribunaux, police et banques-- les rebelles accueillaient des dignitaires et médiateurs étrangers.

Leur mouvement avait été interdit par Colombo en janvier 1998, puis légalisé en septembre 2002, après un cessez-le-feu. Mais cette trêve fut rompue en janvier 2008 par le président Rajapakse, épaulé par son frère Gotabhaya à la tête du ministère de la Défense.

Les deux hommes ont choisi la guerre à outrance pour achever un conflit qui a fait plus de 70.000 morts.

Le budget de la Défense atteint 1,6 milliard de dollars en 2009, un record. Colombo a acheté des armes dernier cri, élargi le recrutement de soldats et modifié les stratégies et tactiques militaires.

Les Tigres "semblaient invincibles. Mais ils ont sous-estimé la puissance de l'armée", a analysé M. Boteju.

Les insurgés "n'ont pas réussi à être une grande force armée conventionnelle. Ils ont duré longtemps car aucun gouvernement précédent n'avait vraiment voulu aller à la confrontation", commente le co-fondateur du LTTE devenu un homme politique tamoul modéré, Dharmalingam Sithadthan.
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Le Sri Lanka a vaincu les rebelles séparatistes tamouls, mais il est loin d'avoir gagné la paix avec la minorité tamoule dans un conflit ethnique profondément enraciné dans l'histoire de l'ex-Ceylan.D'autant qu'après 37 ans de guerre séparatiste dans cette île de l'océan Indien et une ultime offensive depuis janvier, 200.000 Tamouls croupissent dans des camps de réfugiés, sans espoir à court terme de rentrer chez eux.

"Le gouvernement a peut-être gagné la guerre, mais il doit se pencher sur ses causes profondes: la discrimination de nombreux Tamouls" résume V. Anandasangari, président du Front uni tamoul de libération.

Car pour des historiens, le conflit dans ce pays de 20 millions d'âmes s'explique en partie par le ressentiment de la majorité cinghalaise (74%) à l'égard de la minorité tamoule (12,5%), soupçonnée d'avoir été favorisée par le colonisateur britannique jusqu'à l'indépendance du 4 février 1948, notamment en termes d'éducation et d'emploi.

Dès sa prise de contrôle totale de Ceylan en 1815, la Grande-Bretagne avait mené une politique consistant à "diviser pour mieux régner", suivant des divisions ethniques et non religieuses.

Les Cinghalais sont pour la plupart bouddhistes, avec une minorité de chrétiens (5%), tandis que les Tamouls sont hindouistes et comptent aussi des chrétiens (3%). Il y a également 7% de musulmans et 5,5% de Tamouls d'origine indienne.

Une fois les Britanniques partis, la volonté du pouvoir cinghalais de reprendre les emplois occupés par des Tamouls alimente les tensions inter-communautaires.

En 1972, un Tamoul radical, Velupillaï Prabhakaran, fonde l'organisation indépendantiste des Tigres tamouls, surfant sur le nationalisme tamoul et le ressentiment d'une minorité se sentant à son tour victime de discriminations par un régime nationaliste cinghalais.

La guerre à grande échelle qui s'achève ces jours-ci avait éclaté en 1983 après la mort de centaines de Tamouls dans des émeutes.

Aujourd'hui, la classe politique tamoule modérée espère que ses demandes pour davantage d'autonomie politique ne seront pas enterrées par le président Mahinda Rajapakse.

"Beaucoup de Tamouls redoutent que ces revendications ne soient pas satisfaites, mais je crois qu'une solution politique acceptable sera trouvée", confiait récemment à l'AFP Dharmalingam Sithadthan, chef du Front démocratique de libération du peuple.

Ce Tamoul modéré, mais co-fondateur des Tigres, pense que le chef de l'Etat mettra en oeuvre le 13e amendement de la Constitution de 1978 prévoyant une décentralisation vers les neuf provinces, notamment celles du nord et de l'est où les Tamouls sont concentrés.

Le président, architecte depuis 2006 de la victoire militaire contre les Tigres, s'engage régulièrement à trouver "règlement politique" via "un accord de partage du pouvoir" entre communautés.

M. Rajapakse "est convaincu qu'il faut tenir compte des minorités pour assurer la paix", croit le diplomate en retraite Nanda Godage.

Mais il faudra d'abord régler le sort de 200.000 Tamouls déplacés par le conflit cette année et qui s'entassent dans ce que Colombo appelle des "villages de secours" et que l'organisation américaine Human Rights Watch surnomme des "centres d'internement".

Ces camps sont verrouillés par l'armée.

Un député de l'opposition, Kabir Hashim, est l'un des rares à plaider pour un retour rapide des réfugiés chez eux, alors que le gouvernement s'est engagé à ce que, d'ici à la fin 2009, 80% des déplacés soient rentrés.

"La fin de la guerre doit sonner le début de la réconciliation en soignant les blessures des Tamouls. Il faut les traiter avec dignité pour gagner les coeurs et les esprits", dit M. Hashim.

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Rappel des dates-clés du conflit séparatiste tamoul au Sri Lanka qui a fait plus de 70.000 morts depuis 1972:

- 1972: Création des Nouveaux tigres tamouls (TNT) par Velupillaï Prabhakaran, qui deviennent en mai 1976 les Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE).

- 1983: Le conflit se transforme en guérilla, les Tigres réclamant un Etat indépendant dans le nord et l'est. La guerre éclate après la mort de centaines de Tamouls dans des émeutes.

- 29 juil 1987: Accord New Delhi/Colombo pour mettre fin au séparatisme tamoul. L'Inde déploie des troupes au Sri Lanka.

- 24 mars 1990: L'Inde se retire après avoir perdu 1.138 soldats.

- 21 mai 1991: Le Premier ministre indien Rajiv Gandhi est assassiné dans un attentat suicide attribué aux LTTE.

- 1er mai 1993: Les Tigres assassinent le président sri-lankais Ranasinghe Premadasa.

- 26 sept 1998: Les rebelles s'emparent de la ville de Kilinochchi: plus de 1.000 soldats et 250 insurgés tués.

- 23 fév 2002: Cessez-le-feu sous l'égide de la Norvège.

- 18 sept: Anton Balasingham, l'idéologue des Tigres, annonce se battre pour l'autodétermination et non plus l'indépendance.

- mars 2004: Un dirigeant des Tigres, le commandant Karuna, fait scission avec les LTTE, provoquant un conflit interne qui se traduira par plusieurs assassinats.

- 12 mai: Echec d'une relance de pourparlers suspendus en 2003 par les Tigres tamouls.

- 24 juin 2005: Accord gouvernement/rébellion sur l'aide aux survivants du tsunami du 26 décembre 2O04.

- 12 août: Assassinat du ministre des Affaires étrangères Lakshman Kadirgamar. Etat d'urgence.

- 17 nov: Election du président nationaliste Mahinda Rajapakse, partisan de la guerre à outrance.

- 29 oct 2006: Echec de négociations à Genève.

- 26 mars 2007: Premier raid aérien des LTTE contre une base militaire près de l'aéroport de Colombo.

- Juillet: Les Tigres perdent leurs fiefs dans l'est.

- 2 nov: Le chef de la branche politique des LTTE, S.P. Thamilselvan, tué dans un raid.

- 16 jan 2008: 27 civils tués dans un attentat, jour de la rupture officielle du cessez-le-feu de 2002.

- 2 sept: L'armée s'empare de Mallavi (nord), ville bastion des rebelles.

- 2 jan 2009: L'armée s'empare de Kilinochchi, "capitale" politique des Tigres dans le nord.

- 25 jan: Reprise de Mullaittivu, dernière ville aux mains de la rébellion.

- 29 jan: La communauté internationale appelle à épargner 200.000 civils pris au piège des combats dans le nord-est, où des centaines d'habitants ont été tués en un mois.

- 2 fév: Le Sri Lanka exhorte les Tamouls à quitter la zone du conflit.

- 6 avr: Au moins 525 rebelles tués dans des combats.

- 20 avr: Plus de 35.000 civils fuient la zone tenue par les rebelles.

- 16 mai : Les rebelles sont "militairement battus" (président Rajapakse).

- 17 mai: La guérilla annonce avoir cessé le combat, admettant sa défaite militaire.

- 18 mai: Le Sri Lanka proclame sa victoire militaire contre les Tigres en s'emparant de leur dernière poche dans le nord-est et en tuant tous les dirigeants de la guérilla, dont son chef Velupillaï Prabhakaran.

publié le 18/05/2009 14:15 sur romandie blog

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