Todd Pitman
12/11/2009 16:30
Ils ont combattu les Soviétiques, renversé les talibans aux côtés des Etats-Unis, soutenu le gouvernement de Kaboul, mais aussi massacré sans vergogne. Alliés embarrassants du président Karzaï, les tout-puissants chefs de guerre représentent désormais le principal obstacle à la paix et l'éradication de la corruption en Afghanistan.
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"On ne peut pas bâtir un nouveau système politique avec une vieille classe politique accusée de crimes de guerre. On ne peut pas avoir la paix sous le contrôle des seigneurs de la guerre", dénonce Ramazan Bashardost, arrivé lointain troisième à l'élection présidentielle de 2009, finalement remportée par Hamid Karzaï.
Choisi en 2002 par les chefs tribaux pour diriger l'administration transitoire post-talibans, puis élu en 2004, le président Karzaï l'Etat a pris deux anciens chefs de guerre pour vice-présidents, malgré l'opposition de Washington: Mohammed Qasim Fahim et Karim Khalili.
Son chef d'état-major des armées, le général Abdul Rachid Dostom, est quant à lui un puissant seigneur de la guerre ouzbek, accusé notamment d'avoir fait mourir jusqu'à 2.000 talibans dans des conteneurs fermés pendant l'invasion de l'Afghanistan fin 2001, selon un rapport du département d'Etat américain (Affaires étrangères). L'intéressé nie toute responsabilité et a apporté de précieux votes ouzbeks à Karzaï.
Les seigneurs de la guerre se considèrent comme des patriotes qui défendent leur groupe ethnique dans les nombreuses zones du pays que le gouvernement de Kaboul ne contrôle pas, ou mal. S'ils se sont aussi battus entre eux, ils continuent de se présenter comme des "moudjahidines" menant une guerre sainte, comme du temps de l'invasion soviétique (1979-1989).
Hamid Karzaï, issu de l'ethnie pachtoune majoritaire, a recherché leur soutien pour asseoir son fragile pouvoir, se faire réélire et nouer des alliances avec d'autres groupes ethniques.
Mais Washington et ses alliés s'inquiètent désormais de leur puissance, qui sape l'autorité de Kaboul. Comment demander aux Afghans de respecter la loi, payer leurs impôts et soutenir le gouvernement central quand ce dernier est dominé par des hommes ayant acquis pouvoir et fortune par la violence et les trafics?
La guerre s'éternisant et les pertes militaires se multipliant en Afghanistan, les Occidentaux exigent de Karzaï qu'il débarrasse son gouvernement de la corruption et des chefs de guerre. "Je ne suis pas prêt à mettre en danger les vies d'hommes et de femmes britanniques pour un gouvernement qui ne combat pas la corruption", prévenait vendredi le Premier ministre britannique Gordon Brown. Le président américain Barack Obama a enfoncé le clou en insistant pour que les promesses de réforme soient suivies d'actes.
Les Afghans semblent sur la même ligne: 76% d'entre eux estiment que le pays gagnerait en sécurité si les criminels de guerre étaient traduits en justice, contre 8% qui pensent le contraire, selon un sondage de la Commission indépendante afghane des droits de l'Homme auprès de 4.151 personnes.
L'organisation de défense des droits de l'Homme Human Rights Watch demande que plusieurs hauts responsables du régime Karzaï soient jugés pour crimes de guerre, tout comme le chef taliban le mollah Omar ou le chef insurgé Gulbuddin Hekmatyar. Elle a recueilli des témoignages accusant notamment des milices aux ordres de Mohammed Qasim Fahim et Karim Khalili de meurtres, pillages et enlèvements dans les années 1990.
Les choses ne sont pas si simples, rétorque le porte-parole de Karzaï, Humayun Hamidzada, affirmant que la participation de tous les acteurs de la société aux plus hautes responsabilités est cruciale pour la stabilité du pays.
Hamid Karzaï a tenté de limiter le pouvoir des chefs de guerre, mais les écarter du gouvernement ou les traduire en justice risquerait d'enflammer les tensions ethniques et de lui aliéner les potentats régionaux dont le soutien est fondamental pour lutter contre l'insurrection. En 2005, il a approuvé un programme de réconciliation et de justice à peu près sans suite, car l'Afghanistan n'ose pas se pencher sur son passé, selon John Dempsey, de l'Institut américain de la paix.
En outre, selon un rapport du Centre sur la coopération internationale de l'Université de New York, la coalition de l'OTAN s'appuie elle-même sur des milices obéissant à des chefs de guerre locaux, dont certains sont accusés de violations des droits de l'Homme et de trafic de drogue.
Ces circonstances alimentent un climat d'impunité qui touche toute la société afghane: soldats et policiers inféodés aux seigneurs de la guerre pratiquent enlèvements, extorsion de fonds, vol ou viol de femmes, fillettes et garçons, selon des organisations de défense des droits de l'Homme.
Loin de la capitale, les commandants locaux "dirigent leurs propres fiefs avec des milices clandestines, prélèvent des impôts, sont corrompus, volent les terres et trafiquent la drogue (...) sans qu'aucun responsable gouvernemental, aucun juge ou policier puisse s'y opposer", affirme John Dempsey.
Le plan stratégique du plus haut responsable militaire américain pour l'Afghanistan, le général Stanley McChrystal, s'il mentionne bien les "potentats locaux" et leurs "fidèles armés", ne demande pas leur élimination. Les Etats-Unis n'oublient pas qu'ils se sont appuyés sur les milices locales pour lutter avec succès contre Al-Qaïda en Irak, et qu'elles ont aussi fourni de précieux renseignements sur les talibans en Afghanistan. AP
source : http://fr.news.yahoo.com/3/20091112/twl-afghanistan-stabilite-chefs-guerre-fcd69a8.html
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