Rédigé par Marjorie Paillon le 17 Mars 2008 à 11:30
John McCain était donc dimanche à Bagdad pour une visite surprise. Dick Cheney, vice-président de l'Administration
John McCain était donc dimanche à Bagdad pour une visite surprise. Dick Cheney, vice-président de l'Administration Bush, est lui aussi en Irak aujourd'hui. Un pélerinage républicain à quelques jours du 5ème anniversaire du conflit ?
Le candidat républicain a prévu de continuer sa tournée au Proche-Orient par la Jordanie mardi où il rencontrera le Roi Abdallah, en Israël mercredi pour des entretiens avec Ehud Olmert et Tzipi Livni. Le sénateur de l'Arizona mettra ensuite le cap sur Londres jeudi et Paris où il est attendu par Nicolas Sarkozy vendredi après-midi http://www.ilovepolitics.info/Visite-de-John-McCain-en-Irak-les-images_a410.html?PHPSESSID=d58b36cd8077af52a79af6374f842db0
Rédigé par Marjorie Paillon le 13 Mars 2008 à 17:51 John McCain entame la semaine prochaine une tournée internationale pour tester sur le terrain sa stature d'homme d'Etat. Après une visite à Jerusalem mardi 18 mars pour parler de la situation au Proche-Orient, il posera ses valises les mercredi 19 et jeudi 20 mars à Londres, avant de prendre un bain élyséen le vendredi 21 mars.
C'est la troisième fois que Nicolas Sarkozy et John McCain se rencontrent. Lors de son déplacement de campagne de septembre 2006, le candidat Sarkozy avait obtenu un entretien avec le sénateur de l'Arizona. Il avait d'ailleurs aussi rencontré Barack Obama à cette occasion. Après son élection, Nicolas Sarkozy avait accueilli à nouveau John McCain à Paris en juillet 2007. Mais cette fois-ci, c'est en candidat officiel du Parti républicain à l'élection présidentielle américaine que le sénateur de l'Arizona foulera les marches du Palais.
http://www.ilovepolitics.info/John-McCain-rencontrera-a-nouveau-Nicolas-Sarkozy-vendredi-prochain_a400.html?PHPSESSID=2e31346fbbe84d295ad707da836eee05
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Article paru dans l'édition du 19.03.08.
Remis le 12 mars au Congrès, un rapport du Centre d'analyse opérationnelle de l'état-major interarmées américain conclut qu'aucune "liaison opérationnelle" entre Saddam Hussein et Al-Qaida n'a pu être établie à l'issue du dépouillement de "plus de 600 000 documents" saisis à Bagdad. Ainsi, le dictateur n'avait ni armes de destruction massive ni lien avec Ben Laden. Il y a cinq ans, l'opinion américaine était convaincue du contraire. Aujourd'hui, elle souhaite en majorité un retrait d'Irak. A l'état-major, beaucoup jugent que l'occupation handicape la nécessaire modernisation des forces armées. Récent "démissionnaire", l'amiral William Fallon avait proposé en septembre 2007 d'y réduire de 75 % les effectifs américains d'ici à 2010. Candidats démocrates à l'élection présidentielle, Barack Obama et Hillary Clinton évoquent un retrait quasi total en de douze à seize mois. Mais un tel retrait n'est pas si simple.
Les enjeux logistiques. Chaos en Irak, montée en puissance de l'Iran et perte d'influence de Washington dans la région sont les risques politiques d'un retrait américain le plus souvent évoqués. Mais, dit Stephen Biddle, responsable du secteur défense au Council on Foreign Relations (CFR), "la question cruciale est logistique" : le rapatriement des "montagnes de matériel entreposées en Irak depuis 2003".
Une trentaine de bases militaires, des milliers de bâtiments, des entrepôts de carburant, une dizaine de dépôts d'armes et des millions de munitions, 48 000 véhicules, dont beaucoup de blindés, etc. Tout rapatrier ? "Presque impossible", dit M. Biddle. Trop lourd, trop cher, très long. Mais il faudra ramener l'essentiel, parce que ces matériels constituent une part énorme de la capacité opérationnelle américaine. Et que faire du matériel endommagé ? L'abandonner ? "Légalement, une armée d'occupation ne doit rien laisser sans accord avec le pouvoir en place." L'emporter ? Il faut d'abord le réparer - ce qui coûte cher et demande du temps.
L'organisation de l'armée en Irak. La plupart des soldats américains y partaient pour un an. La durée est passée à quinze mois. Si l'on retire des brigades au fur et à mesure, on ne va pas envoyer des soldats en Irak remplacer ceux qui restent avant de se retirer plus tard. "Certains devront-ils rester deux, voire trois ans ?", demande M. Biddle. Sur le plan organisationnel et de politique intérieure, le problème est important.
La dimension du retrait. Total ou pas ? Selon Christine Wormuth, directrice de recherche au Center for Strategic and International Studies (CSIS), l'option privilégiée est une réduction des forces de 165 000 hommes à 100 000 en un an, puis d'une diminution plus lente jusqu'à 60 000-80 000 hommes, dont le départ serait fonction des conditions politiques (stabilité de l'Irak, capacité de ses forces armées...). La chercheuse estime que "tout nouveau président américain affrontera ces questions, même le républicain John McCain", s'il est élu. La raison : "La pression populaire et celle de l'état-major en ce sens continueront."
La durée d'un retrait. "Un départ précipité serait désastreux", juge Mme Wormuth. Washington devra veiller à ce que le matériel laissé sur place soit absolument "sécurisé". Si l'on envisage un "redéploiement" militaire ordonné, retirer les deux tiers des troupes d'Irak "prendra un an, au moins", dit-elle. "Jusqu'à deux ans et peut-être plus", selon M. Biddle.
L'environnement politique. L'idéal, selon Mme Wormuth, serait une "internationalisation diplomatique de la question irakienne", dotée d'une force internationale alimentée par 20 Etats dont les Américains ne seraient qu'une partie, pour assurer la transmission des pouvoirs à un Etat stable et décentralisé. Mais quel pays voudra envoyer des troupes en Irak pour aider les Etats-Unis à retirer les leurs ?
Sylvain Cypel à New York http://www.lemonde.fr/international/article/2008/03/19/cinq-ans-apres-comment-les-etats-unis-peuvent-sortir-d-irak_1024607_3210.html
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Cinq ans après comment les Etats Unis peuvent-ils sortir d'Irak
LEMONDE.FR avec AFP et Reuters | 19.03.08 | 17h21 • Mis à jour le 19.03.08 | 18h18
Cinq ans après le début de la guerre en Irak, George W. Bush parle d'une "victoire stratégique majeure"
Dans un discours prononcé au Pentagone pour marquer le cinquième anniversaire du début de l'intervention américaine en Irak, le président américain, George W. Bush, a répété, mercredi 19 mars, que la décision de renverser Saddam Hussein était "la bonne", et ce alors que deux tiers des Américains se disent désormais hostiles à ce conflit. Cinq ans après le début de l'opération "Liberté de l'Irak", il est compréhensible qu'on débate "pour savoir si cette guerre en valait la peine, si ce combat vaut la peine d'être gagné et si nous pouvons le gagner", a-t-il estimé. "Les réponses sont claires pour moi : chasser Saddam Hussein du pouvoir était la bonne décision, et cela est un combat que l'Amérique peut et doit gagner", a-t-il affirmé, tout en admettant que cette guerre avait eu un "coût élevé en vies humaines". A entendre le chef de l'exécutif américain, les Etats-Unis sont sur la voie d'une grande victoire. "Les succès auxquels nous assistons en Irak sont indéniables", a-t-il assuré.
UN RETRAIT SÈMERAIT LE "CHAOS"
Au moment où les Américains attendent que leur président décide s'il réduira ou non les effectifs après juillet, M. Bush a prévenu que les succès enregistrés depuis 2007 en Irak étaient "fragiles et réversibles" et qu'il ne ferait rien qui les remettrait en cause. Réitérant son argumentaire habituel, M. Bush a expliqué que les Américains doivent combattre Al-Qaida en Irak pour ne pas le combattre aux Etats-Unis, et qu'un retrait trop rapide sèmerait le "chaos" et enhardirait les "terroristes" et l'Iran voisin.
M. Bush a surtout vanté les progrès accomplis depuis l'année dernière, quand la violence menaçait d'atteindre "le niveau du génocide", grâce à une nouvelle stratégie et l'envoi d'environ 30 000 soldats supplémentaires. Ce changement "a fait plus que renverser la situation en Irak. Il a ouvert la porte à une victoire stratégique majeure dans la guerre plus large contre le terrorisme", a-t-il dit, arguant du "premier soulèvement arabe de grande ampleur" contre Al-Qaida.
66 % DES AMÉRICAINS HOSTILES À LA GUERRE
Ce discours intervient alors que la guerre, qui a fait 4 000 morts côté américain et sans doute des centaines de milliers côté irakien, n'a jamais été aussi impopulaire aux Etats-Unis. Selon une enquête réalisée pour CNN, 32 % exactement des Américains disent soutenir la guerre, 66 % y étant opposés. Plus important encore en vue de la prochaine élection présidentielle, 61 % des sondés pensent que le prochain président devra procéder au retrait des troupes américaines "dans les mois suivant sa prise de fonction". Autre préoccupation des Américains : le coût de cette guerre. Dans une tribune publiée lundi dans Les Echos et dans des journaux américains, le Prix Nobel de l'économie Joseph E. Stiglitz l'estime à 50 milliards de dollars par trimestre (32 milliards d'euros). Selon lui, le prix de l'occupation de l'Irak, si elle devait se prolonger ces prochaines années, coûterait plus de 3 000 milliards de dollars (1 912 milliards d'euros).
Après l'approbation massive des débuts, la guerre en Irak a profondément divisé les Américains, qui ne savent pas quand ni comment prendra fin la deuxième guerre la plus longue de leur histoire moderne, après celle du Vietnam, et sera un des enjeux de la prochaine élection présidentielle de novembre. Les opposants à la guerre appelaient à manifester mercredi, à Washington, New York, Miami, Chicago, Los Angeles et San Francisco.
http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2008/03/19/cinq-ans-apres-le-debut-de-la-guerre-en-irak-george-w-bush-parle-d-une-victoire-strategique-majeure_1025161_3222.html#ens_id=1024523
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Point de vue de l'intérieur de l'Irak du bilan de ces cinq années de guerre
LEMONDE.FR | 19.03.08 | 06h20 • Mis à jour le 19.03.08 | 12h17
Soren Seelow
Sur les blogs irakiens, la chronique désabusée d'un quotidien en ruines
En 2003, sous le pseudonyme de "Salam Pax", un Irakien décrivait dans un blog en anglais le quotidien d'une Bagdad bombardée. Cinq ans après le début de l'intervention américaine en Irak, des dizaines de blogs, arabophones et anglophones, ont fleuri sur la Toile : ils témoignent, parfois avec humour, souvent avec violence, de la vie difficile dans une capitale en ruines, ravagée par l'insécurité et les privations de liberté.
Sur un blog collectif, Inside Iraq, des journalistes irakiens travaillant pour des médias américains ont tenu à marquer ce cinquième anniversaire. Dans une note intitulée "Democratic changes", ils reviennent, non sans une certaine ironie, sur les "progrès" observés depuis 2003. "Le plus grand changement est sans aucun doute la mort et le déplacement de plus de trois millions d'Irakiens. Je crois que le record de Saddam a été battu il y a longtemps déjà. Il y a désormais des Irakiens dans des endroits du monde dont je n'avais encore jamais entendu parler", écrit Laith. Parmi les innombrables "bienfaits" de l'intervention américaine, ce blogueur cite encore "la réduction des émissions de gaz à effet de serre" due à la rareté du pétrole, ou encore la diminution drastique des électrocutions : la plupart des Irakiens n'ayant droit qu'à trois heures d'électricité par jour, ils consomment "à l'ampère près" et "n'autorisent pas les enfants à gaspiller de l'électricité en regardant la télé".
LE BLUES DES FEMMES IRAKIENNES
Moins grinçant, mais nettement plus corrosif, le blog Arab Woman Blues donne la parole aux femmes. Son auteure, Layla, rapporte une brève conversation avec sa tante Sameera, qui rend compte du sentiment d'enfermement dont sont victimes les Irakiennes. "Nous sommes en train de pourrir à la maison... parfois, je sens que mon cœur va exploser. Peux-tu imaginer que notre seule sortie consiste à se rendre chez le marchand de légumes, à trois minutes d'ici ? Nous considérons qu'il s'agit d'un événement important. Tes cousines s'habillent pour l'occasion... Mais nous ne savons même pas si nous pourrons rentrer en un seul morceau... Layla, mon cœur va éclater..."
Parfaitement anglophone et visiblement éduquée (son blog est illustré de toiles d'artistes irakiens), Layla voue une haine sans limite à l'envahisseur américain. "Tous les Américains que je croise, ceux qui polluent le Moyen-Orient comme une maladie bactériologique, savent combien nous les détestons. Ils commencent invariablement leurs phrases ainsi : 'Je suis américain, j'espère que vous ne me détestez pas.' Et nous répondons à chaque fois : 'Non, bien sûr, nous n'avons rien contre le peuple américain. Il s'agit de votre gouvernement'. Un pur mensonge..." Afin de s'exprimer plus librement encore, Layla a ouvert une version "non censurée" de son blog, Uncensored Arab Woman Blues.
4,5 MILLIONS D'ORPHELINS
Sur son blog Tell Me a Secret, Khalid Jarrar se présente comme un modéré, mais son constat est le même : "Je suis pour Dieu, pour la vie, l'humanité, la vérité. Mais quand le gouvernement américain décide d'être contre tout cela, eh bien au diable : je suis contre le gouvernement américain." Khalid cite un rapport selon lequel l'Irak compte 4,5 millions d'orphelins, dont 500 000 vivent dans la rue. "Le plus terrible, s'indigne-t-il, c'est qu'il y a 800 orphelins dans les prisons américano-irakiennes." Clin d'œil douloureux de l'Histoire : dans une note publiée il y a un an jour pour jour, Khalid ne redoutait qu'une chose : être encore "assis sur cette même chaise à alimenter son blog pour la cinquième, la septième, la vingtième année d'occupation".
Sur Iraqpundit, un "exilé irakien" apporte une note d'optimisme mesurée sur la blogosphère irakienne. Il se fait l'écho des conclusions d'un sondage, réalisé lundi 17 mars pour la BBC, selon lequel "plus de 50 % des Irakiens pensent que leur vie est meilleure qu'à aucun autre moment au cours des trois années passées". Mais l'auteur s'intéresse davantage à un autre chiffre, moins flatteur, de cette étude : "Seuls 33 % des sunnites [au pouvoir du temps de Saddam Hussein] sont satisfaits de leur vie actuelle, alors que les chiites sont 62 % et les Kurdes 73 %."
"N'EST-ON PAS CHANCEUX ?"
Chikitita, une jeune Irakienne de 29 ans, décrit avec enthousiasme son retour au pays après un an d'absence. Elle constate avec bonheur des améliorations, comme le fait que son taxi ait pu traverser une zone autrefois contrôlée par Al-Qaida : "La dernière fois que j'étais à la maison, c'était impensable !", se réjouit-elle sur son blog. Mais une journée à Bagdad aura suffi à éteindre son optimisme : dès le lendemain, elle croise un jeune homme, "à bout de souffle et tachant d'épousseter son pantalon", qui venait d'échapper à un attentat-suicide. "Ce qui m'a troublée, c'est qu'il souriait tout en courant pour attraper le bus. Et ce drôle de commentaire qu'il a fait : 'Dieu merci ce n'était pas une voiture piégée !'. N'est-on pas chanceux ?", conclut-elle.
Fraîchement arrivée en Irak, une journaliste du New York Times compare elle aussi la situation à Bagdad à une "roulette russe" dans laquelle la chance tient toute sa place. "Il y a moins de deux semaines, je lisais les comptes-rendus des attentats à la voiture piégée dans le confort de mon appartement de Manhattan", écrit-elle sur son blog. "Comme la plupart des Américains, je n'avais qu'une idée très abstraite de la roulette russe que représente cette ville bunkerisée au quotidien. Bagdad est une cité tentaculaire de six millions d'habitants, et le problème n'est pas que la mort est partout, mais qu'elle peut être partout..."
Le miraculeux rescapé de Chikitita n'est d'ailleurs pas le seul à voir de la chance dans son malheur. Un dentiste de 24 ans, fan de Céline Dion, raconte sur son blog Baghdadentist un trajet en voiture entre Bagdad et Mossoul. "La route n'était pas fatigante (...) mais il y avait de nombreux postes de contrôle sur le trajet. Nous avons croisé deux ou trois barrages de soldats américains, mais ils ne nous ont retenus que quelques minutes. Nous avons eu de la chance. J'allais seul à Mossoul, ce qui est très dangereux car quand la police ou les soldats irakiens trouvent un homme qui vit seul, ils le considèrent comme un terroriste et le jettent en prison", rapporte-t-il.
L'IRAK ET SES VOISINS
Faiza, une mère de famille de Bagdad, tient un blog (A Family in Baghdad) avec ses trois fils. Elle raconte avec émotion son récent voyage en Egypte, qui lui a rappelé l'Irak d'avant-guerre. "Le visage des gens irradie d'optimisme. Ils accueillent et respectent les visiteurs, comme le faisaient les Irakiens avant la guerre. Mais aujourd'hui, que de douleurs pour un Arabe d'un pays voisin qui se rend en Irak", écrit Faiza, selon qui les Irakiens, traumatisés par les attentats, vouent une certaine"haine" à leurs voisins depuis le début de l'occupation américaine.
Mais Faiza ne se dit pas dupe. Derrière les sourires égyptiens, elle voit le mal qui gangrène, selon elle, toute la région : "A chaque fois que je visite un pays arabe, je sais que nous souffrons du même mal : des leaders autocrates (...), et Saddam Hussein n'était pas le seul." Décrivant des musulmans "perdus ici, dans ces rues, parmi toutes ces publicités (...), humiliés dans leur propre pays", elle redoute qu'ils "se raccrochent à l'islam, et pis encore, parce qu'ils y voient leur identité et le salut à l'injustice dont ils souffrent". La guerre en Irak, met-elle en garde, comme "toutes les frustrations accumulées", a déjà pour conséquence un recours croissant à l'islam au détriment des partis politiques laïques, tenus pour "minables et en faillite".
http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2008/03/19/les-blogs-irakiens-compte-rendu-desabuse-d-un-quotidien-en-ruine_1024507_3218.html#ens_id=1024523
http://www.arabwomanblues.blogspot.com/
http://washingtonbureau.typepad.com/iraq/
http://dear_raed.blogspot.com/
LEMONDE.FR | 19.03.08 | 15h15 • Mis à jour le 19.03.08 | 15h36
Bataille de chiffres autour du nombre de morts côté irakien
Soren Seelow
Cinq ans après le début de l'opération "Iraqi Freedom" ("Liberté de l'Irak"), nul ne connaît le nombre de civils irakiens ayant trouvé la mort de façon violente. Les Etats-Unis recensent le nombre de disparus dans leurs propres rangs, qui approche désormais les 4 000, mais celui des victimes irakiennes continue de faire l'objet d'estimations contradictoires. Selon les études, entre 100 000 et 1,2 million d'Irakiens auraient trouvé la mort depuis mars 2003.
Dans un article intitulé "Quel est le vrai taux de mortalité en Irak ?" publié mercredi 19 mars, le Guardian explique pourquoi Washington entretient le plus grand flou autour de cette question. Le quotidien rappelle que pendant la guerre du Vietnam, le décompte quotidien des victimes vietcongs était censé convaincre le peuple américain que la victoire était proche. Mais le "Body Count" a surtout eu pour effet d'écœurer l'opinion publique et de donner des arguments supplémentaires aux pacifistes.
L'intervention en Irak a été gérée tout autrement. "Le ministère irakien de la santé a tout d'abord essayé de tenir un bilan fondé sur les chiffres de la morgue, mais il a vite arrêté de publier ses statistiques sous la pression du gouvernement soutenu par les Américains", rapporte ainsi le journal. Depuis, la bataille des chiffres fait rage. Un groupe de recherche britannique indépendant, l'Iraq Body Count (IBC), recense tous les décès rapportés par les médias, ainsi que les statistiques des hôpitaux. Ses extrapolations à l'échelle du pays sont comprises entre 100 000 et plus d'un million de morts. Les enquêtes de l'IBC suggèrent par ailleurs que les Américains ont tué quatre fois plus de civils durant les deux premières années de la guerre que les insurgés, et ce alors que les médias se sont exclusivement intéressés aux attentats-suicides.
500 MORTS PAR JOUR, SELON "THE LANCET"
L'Organisation mondiale de la santé en Irak (OMS) et le ministère irakien de la santé ont également mené leur propre enquête en 2007. Il en ressort que 151 000 civils irakiens seraient morts de façon violente durant les trois premières années de l'occupation américaine (avril 2003 à juin 2006), soit 120 par jour, c'est-à-dire deux fois plus qu'au cours des deux dernières années du règne de Saddam Hussein. L'OMS donne une fourchette comprise entre 104 000 et 230 000, mais même l'estimation la plus basse est deux fois plus élevée que celle de l'IBC, qui est de 47 000 pour les trois premières années. George Bush avait évalué ce nombre à 30 000 morts.
Une autre enquête, publiée en octobre 2006 par la célèbre revue médicale britannique The Lancet, estime pour sa part qu'en juin 2006, plus de 600 000 Irakiens étaient morts de façon violente. Un chiffre faramineux qui équivaut à 2,5 % de la population, soit 500 morts par jour depuis le début de l'opération "Iraqi Freedom".
La dernière étude en date, menée pendant l'été 2007 par l'institut de sondage britannique Opinion Research Business (ORB), confirme l'ampleur du taux de mortalité en Irak et suggère même que le bilan pourrait être encore plus lourd. Selon l'institut, 16 % des Irakiens interrogés affirment avoir perdu un membre de leur famille de façon violente depuis 2003, 5 % déplorant deux décès. Et plus d'un million de civils, sur une population légèrement supérieure à 26 millions d'habitants, auraient ainsi trouvé la mort en quatre ans.
http://www.lemonde.fr/international/article/2008/03/19/cinq-ans-apres-le-debut-de-la-guerre-en-irak-incertitudes-autour-du-nombre-d-irakiens-tues_1024896_3210.html#ens_id=1024523
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