Karadzic évoque un "accord" avec les Etats-Unis pour expliquer sa cavale
LEMONDE.FR avec AFP, AP et Reuters | 31.07.08 | 17h17 • Mis à jour le 31.07.08 | 19h27
L'ancien chef politique des Serbes de Bosnie, Radovan Karadzic, poursuivi pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité, a comparu pour la première fois, jeudi 31 juillet, dans l'après-midi devant le Tribunal pénal international (TPI) pour l'ex-Yougoslavie. Agé de 63 ans, il a été officiellement arrêté le 21 juillet en Serbie après plus de dix années de cavale.
Vêtu d'un costume sombre et d'une chemise claire, les cheveux courts et plaqués en arrière, il est apparu sans avocat et a annoncé qu'il assurerait sa défense seul : "J'ai un conseiller invisible. J'ai décidé d'assurer ma défense moi-même." Malgré l'insistance du juge Alphons Orie, soulignant qu'il avait pour cette première audience le droit à l'assistance d'un avocat commis d'office, il a répété : "J'ai renoncé à ce droit." Selon son avocat à Belgrade, Svetozar Vujacic, son client serait prêt à engager une grève de la faim s'il n'est pas autorisé à se défendre lui-même lors de son procès.
CONTESTATION DE LA DATE DE L'ARRESTATION
Lors de cette première comparution, le juge a résumé les onze chefs d'inculpation de génocide, crimes de guerre et contre l'humanité, retenus contre l'ancien chef serbe pour son rôle dans la guerre de Bosnie (1992-1995), qui a fait plus de 100 000 morts et 2,2 millions de déplacés. A la demande du juge, il s'est identifié comme "Radovan Karadzic (...), né le 19 juin 1945 au Monténégro". Interrogé sur son adresse au moment de son arrestation, il a répondu que c'était celle de la maison de sa femme à Pale, non loin de Sarajevo. Il a ensuite donné son "adresse non officielle", dans le quartier de Belgrade où il vivait sous l'identité du docteur Dragan Dabic, exerçant la médecine alternative.
Le juge l'a ensuite interrogé pour savoir s'il plaidait coupable ou non. Mais Radovan Karadzic a demandé, comme prévu, à utiliser le délai légal de trente jours avant de prendre sa décision. Le juge a ainsi programmé une nouvelle comparution devant la chambre le 29 août. Radovan Karadzic a ensuite pris la parole pour dénoncer des "irrégularités" autour de son arrestation, et contester la date à laquelle elle a été annoncée. Il a affirmé avoir été "kidnappé" et a dit craindre pour sa vie.
LES TRACES DE MILOSEVIC
Il a également évoqué un "accord" conclu avec le négociateur américain Richard Holbrooke, lors de la signature des accords de Dayton (1995) qui ont mis fin à la guerre de Bosnie, en échange de son retrait de la vie publique. La famille de l'ancien chef des Serbes de Bosnie avait d'ailleurs affirmé à plusieurs reprises que Richard Holbrooke aurait promis qu'il ne livrerait pas Radovan Karadzic au TPI en échange de sa mise à l'écart de la vie politique. Ceci expliquerait pourquoi, inculpé en 1995, il a réussi à échapper si longtemps à la justice internationale. Les Etats-Unis ont toujours nié avoir conclu un accord avec l'ancien chef des Serbes de Bosnie.
La stratégie de Radovan Karadzic rappelle, pour l'instant, celle de Slobodan Milosevic. L'ancien président yougoslave avait comparu au TPI en février 2002. Il avait jugé le TPI "illégal", les actes d'accusation "erronés", et refusé d'être défendu par un avocat pour "une question de principe". Mais la chambre avait finalement imposé à Slobodan Milosevic l'assistance de deux avocats, sous prétexte que son état de santé ne lui permettait pas d'assurer sa défense seul. Slobodan Milosevic est mort en détention en 2006, avant la fin du procès.
http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/07/31/radovan-karadzic-se-defendra-seul-a-la-haye_1079232_3214.html
Première audience devant le TPIY pour Radovan Karadzic
LEMONDE.FR | 01.08.08
© Le Monde.fr
Chez les partisans de Karadzic
LEMONDE.FR | 24.07.08
© Le Monde.fr
Karadzic sans sa barbe en photo
envoyé par FRANCE_24
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http://www.swissinfo.ch/fre/a_la_une/L_arrestation_de_Karadzic_n_est_pas_une_simple_revanche.html?siteSect=105&sid=9363252&cKey=1216813346000&ty=st
L'arrestation de Karadzic n'est pas une simple revanche
L'arrestation du l'ancien leader des Serbes de Bosnie Rodovan Karadzic a soulevé une série de questions en rapport avec le pire massacre commis en Europe depuis la 2e Guerre mondiale. swissinfo s'est entretenu avec le politologue Thomas Fleiner pour comprendre ce que cette arrestation signifiait en pratique.
Thomas Fleiner n'est pas seulement connu pour être politologue. Il est également responsable de l'Institut du fédéralisme de l'université de Fribourg et a servi de conseiller au gouvernement serbe.
swissinfo: Le nouveau gouvernement de Belgrade n'est pas en place depuis très longtemps que déjà Radovan Karadzic a été arrêté. Est-ce à dire que le précédent gouvernement ne voulait pas de cette arrestation?
Thomas Fleiner: Je n'en sais rien. Je n'ai jamais abordé ce thème avec l'ancien président Kostunica.
Ce qui me surprend, c'est cette coalition formée entre les démocrates de Boris Tadic et les socialistes, c'est-à-dire l'ancien parti de Slobodan Milosevic. Or ce parti a été associé de près aux crimes de guerre – ou tout du moins à Slobodan Milosevic.
swissinfo: Que signifie cette arrestation pour cette coalition?
T. F. : Je ne sais pas jusqu'où les accords conclus avec les Américains et les Européens vont maintenant aller. Mais soudainement, les Etats-Unis ont accordé des visas d'entrée sur leur territoire à certaines personnalités serbes, ce qui n'était pas possible auparavant.
Certaines de ces personnalités, qui se sont enrichies sous le régime de Slobodan Milosevic, peuvent maintenant voyager aux Etats-Unis car l'interdiction de voyager a été levée après la formation de la coalition.
swissinfo: Et que signifie cette arrestation pour les victimes de la guerre?
T. F. : Pour elles, c'est très important. Ce n'est pas une question de revanche, mais la conviction qu'il existe malgré tout une justice et que les coupables devront répondre de leurs crimes.
swissinfo: Quelle est la probabilité d'assister maintenant à l'arrestation de Ratko Mladic, l'ancien chef militaire des Serbes de Bosnie?
T. F. : C'est très possible. Je suppose que celui-ci devra désormais être beaucoup plus prudent.
swissinfo: Carla del Ponte, l'ancien procureur du TPIY, avait accusé les Etats-Unis et l'Europe d'empêcher l'arrestation de Karadzic. Est-ce vraiment aussi de leur faute s'il a fallu autant de temps pour cette arrestation?
T. F. : C'est possible, car ils auront estimé que Karadzic aurait pu dire des choses qu'ils ne voulaient pas entendre en cas de procès.
swissinfo: Quelles sont les conséquences de cette arrestation pour la stabilité politique dans les Balkans?
T. F. : Je crois que cette arrestation est extrêmement importante à long terme. Mais il faut garder à l'esprit que d'autres criminels de guerre, comme l'ancien Premier ministre du Kosovo et leader de l'Armée de libération du Kosovo Haradinaj – que beaucoup de Serbes accusent d'avoir commis les mêmes crimes que Karadzic – ont été acquittés par manque de preuves.
Si un tribunal n'arrive pas à démontrer sa capacité à traiter tout les criminels de guerre de la même manière, l'arrestation de Karadzic n'apportera rien à la stabilité de la région et en particulier à la crédibilité de l'Etat de droit.
swissinfo: Pourquoi Karadzic bénéficie-t-il encore d'un soutien auprès d'une large frange de la population serbe?
T. F. : Pour les uns c'est un criminel de guerre, pour les autres un héros de guerre. C'est d'ailleurs toujours le cas avec les criminels de guerre dans les Balkans.
Pourquoi, par exemple, beaucoup d'Américains restent d'accord avec les bombardements atomiques sur Hiroshima et Nagasaki? C'est à cause de la fausse notion de «guerre juste».
Ce n'est que lorsque qu'on reconnaîtra qu'il n'y a pas de guerre justifiable et que les soit-disant dommages collatéraux sont tout simplement criminels que l'on commencera à comprendre que les chefs de guerre nationaux peuvent aussi être des criminels de guerre.
Des tensions peuvent survenir lorsqu'un camp se sent traité d'une manière totalement injuste.
swissinfo: Peut-on vraiment comparer Hiroshima avec la Serbie?
T. F. : Cette comparaison montre comment une situation peut être jugée de manière unilatérale. Je suis contre le fait que l'on rejette une faute sur tout un peuple. Il ne faut pas oublier que tous les peuples ont eu leurs problèmes au cours de l'Histoire.
swissinfo: L'arrestation de Karadzic est-elle le signe que la Serbie a pris de la distance par rapport à l'époque de la guerre?
T. F. : Prendre de la distance par rapport au passé n'est pas simplement une question de deux ou trois mois. Cela prendra beaucoup plus longtemps en Serbie.
Cela dépend aussi d'avec quelle honnêteté et quelle transparence les autres participants à la guerre – Américains et Européens compris – feront un retour sur leur action dans le cadre de la guerre dans l'ex-Yougoslavie.
swissinfo: Dans quelle mesure la Serbie admet-elle désormais sa culpabilité?
T. F. : Les médias devraient enfin comprendre qu'on ne peut pas mettre la faute sur un camp et par sur l'autre. Vous ne pouvez pas blâmer une nation entière. Beaucoup de Serbes ont risqué leur vie pour combattre Milosevic. C'est aussi une partie de la vérité qu'il faut reconnaître.
Interview swissinfo, Corinne Buchser
(Traduction de l'allemand: Olivier Pauchard)
Thomas Fleiner. (federalism.ch)
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